mercredi, décembre 17, 2008

Janmi donne vie

Un petit mot pour dire à ceux qui apprécient les billets de Janmi qu'en octobre dernier il a publié Tarkovski, un cinéma "intellectuel"? et Maiden voyage.

http://janmi.blogspot.com/

Buttinskies running around

Je ferai comme un certain chroniqueur populaire du JdeM qui pour renforcer son propos et éclairer la clientèle cible du tabloïd n’hésite pas à recourir aux nombreux classiques du cinéma, tel Scarlett Empress pour parler de la couleur de la margarine ou Pather Panchali afin de traiter du port du kirpan dans les écoles.

J’ai commencé cette semaine la comédie His Girl Friday de Howard Hawks. Voyez l’ironie de l’avant-propos.


It all happened in the « Dark ages» of the newspaper game – when to a reporter «getting that story» justified anything short of murder. Incidentally you will see in this picture no resemblance to the men and women of the press of today. Ready? Well, once upon a time…

À un certain moment, Hildy Johnson (Rosalind Russell) explique à son ex (Cary Grant) pourquoi elle veut sortir du monde du journalisme (tiré des sous-titres) :

A journalist?


What does that mean?


Peeking through keyholes, chasing fire engines, waking people up in the middle of the night to ask questions, stealing pictures off old ladies? I know all about reporters. Buttinskies running around with no money, and for what?


So a million people will know what’s going on. Why, I…


(Voyez la citation exacte à la première minute de l’extrait sur youtube)


Heureusement, aujourd’hui ça n’existe plus.


mardi, décembre 16, 2008

mardi, décembre 02, 2008

Illico/Canoe/Videotron/Quebecor cinéphiles verticaux


Mon dernier billet remonte au 23 octobre?! Alors bon. Oui. Reprenons nos sens. Tenez, prenez Éléphant par exemple. C'est de Quebecor, alors forcément ça doit être nul, ou alors pas très loin de cet état. Un éléphant blanc, sûrement. C'est ce que je me disais sachant au départ qu'on y affectait la moitié du plus petit dénominateur commun possible en ressource(s) humaine(s).

Mais il y a un «mais». Oui, le site sert à «plugger» convergemment tel service et tel autre, par exemple et surtout Illico. À tout hasard, j'ai lancé un nom au moteur de recherche pour vérifier scientifiquement -il va sans dire- la qualité de cette base de données du cinéma québécois, cette mémoire d'éléphant aux défenses de branding: Jutra. En référence à Claude Jutra dont il est si difficile de trouver quelconque film en DVD. Mais (le fameux «mais» susmentionné), mais! Je tombe sur la fiche de Les Mains nettes. Film 16mm en noir et blanc de Claude Jutra, ONF, scénario de Fernand Dansereau, images de Michel Brault, interprétation de... (est-ce que je les connais?) et Gilles Groulx au montage! Et vous savez quoi? Sur Illico! Encore une comme ça et je m'abonne.

Une belle initiative, en espérant que Quebecor arrêtera de faire le grippe-sou.
Lancez donc quelques défis à Éléphant, trouvez-vous quelques bijoux?

http://elephant.canoe.ca/

jeudi, octobre 23, 2008

Entretien avec Michelangelo Antonioni



Dans la revue Positif juillet-août 2008, no 569-570, consacrée à Michelangelo Antonioni, on retrouve la traduction française d'un entretien réalisé en 1969 avec le cinéaste. Je remarque que j'ai tendance à lire les entretiens de A à Z. Ça m'est arrivé il n'y a pas si longtemps avec l'Entretien avec Carlos Ferrand dans Hors Champ. Il y a quelque chose de vivant, de direct, de vrai dans une interview. On sort de la théorie et de l'encensement pour découvrir un peu plus la personnalité du réalisateur, déjà perceptible dans ses films.


À défaut de vous donner la version française de cet entretien, j'ai trouvé la version anglaise (et donc originale) sur Internet, pour ceux qui le lisent.


Sur Cinépars: Interview with Michelangelo Antonioni in Rome, July 29, 1969


En effectuant cette recherche, je suis tombé sur un site assez fantastique qui regroupe des entrevues réalisées avec plus d'une soixantaine de grands réalisateurs européens: Bresson, Fassbinder, Fellini, Godard, Kusturica, Pasolini, Visconti, etc. Vraiment une belle référence.


Euroscreenwriters

mardi, septembre 16, 2008

Bureau de pigiste

Par la tag conférée par Simon Dor, dans un élan de webréalité, sans mise en scène (ou presque), voici mon habitat de travail et de loisirs dans son état naturel. Je n’ai attendu qu’une lumière plus joyeuse que ce qu’offrait la queue de Ike. On voit des grands plants de piments habanero et des mini séquoias géants.







Je transmets cette tag à :

Philémon








mercredi, août 27, 2008

Les films d'auteur poches

Les trois ingrédients essentiels pour tourner un film d’auteur : un enfant, un pylône et le silence. Selon David Cox.



Le journaliste du Guardian est revenu vraiment frustré du festival de Locarno. Il en a marre des films d’art et d’essai qui excusent tout, même le sans-intérêt et l’absence de maîtrise du langage cinématographique. Son billet, Why most arthouse films are so unspeakably awful, me rappelle la sortie du même genre qu’avait faite André Habib dans Hors Champ en 2007 dans Revoir Stalker (avec un détour sur The Road to Nod). Dans ce détour, où le réalisateur était attendu avec tonne de briques et fanal, Habib affirmait notamment «The Road to Nod, pour couper court, fait partie de ces exemples, s'autoglorifiant par mise à distance successive et enfilades de refus, d'une défense d'une certaine idée relativement désuète et convenue du film d'art européen, alors que le film ne recèle pas une once, ni du savoir-faire, ni de la finesse, de tous ceux de qui il se réclame et dont il se voudrait l'héritier. Y aurait-il de l'ironie, que nous aurions compris et accepté. Il n'y a que de la pose et, au bout du compte, du très mauvais cinéma».

On retrouve ce ton chez Cox qui commence ainsi «I'm just back from Locarno and I'm horrified: the idiots have taken over the asylum. So how come everyone else is showering them in cash?»

Plus loin…

«However, it wasn't such forlorn masterpieces that imprinted themselves on my consciousness. Rather, it was the more numerous specimens of Euro-arthouse endeavour that were grotesquely, unbelievably bad. No, actually a good bit worse than that. In some of these proud festival entries, not the faintest prospect of entertainment, stimulation or enlightenment was to be discerned.How could these abominations ever have got past their creator's first two seconds of deliberation, let alone won funding from a regional film board, a festival invitation and respectful applause from an audience of supposed cinephiles?»


De son côté, toujours du Guardian, Nick Bradshaw donnait son opinion sur le film de Côté : «Denis Côté's more ponderously titled Elle veut le chaos (translated as All That She Wants) - a laconic gangster western, perhaps, set in the Quebec countryside and shot in beautiful, imperturbable black and white - was tantalising to watch, but sank under the weight of its inchoate aspirations. (The jury gave Côté the Best Director prize, which may or may not rebuff my judgment.)»

dimanche, août 24, 2008

Être ou ne pas être... absurde

Je viens de terminer la lecture du Mythe de Sisyphe d’Albert Camus et non, je ne suis pas un homme absurde. En proie à mes vérités, je vis d’illusion. En tout cas, croyant ou absurde, je n’ai pas envie de me suicider pour l’instant. Certainement, je me reconnais plus chez Kierkegaard – pour le peu que j’ai lu – que chez Camus.

N’empêche, le chapitre «La comédie» a retenu mon attention. Pour illustrer la vie de l’homme absurde, Camus prend l’acteur de théâtre en exemple, dans sa carrière comme dans son métier. En lisant ce passage, on peut établir beaucoup de rapprochements entre l’acteur du théâtre et celui du cinéma. À certains moments, comment ne pas penser à la vie et au destin de Heath Ledger, ne serait-ce que dans cet extrait : «L’acteur savait alors quelle punition lui était promise. Mais quel sens pouvaient avoir de si vagues menaces [de l’Église] au prix du châtiment dernier que lui réservait la vie même? C’était celui-là qu’il éprouvait par avance et acceptait dans son entier. Pour l’acteur comme pour l’homme absurde, une mort prématurée est irréparable.» Voilà bien un danger qui guette l’acteur.

En même temps, on se rend compte en tenant cette comparaison que le cinéma, comme la télévision, en immortalisant le jeu des acteurs, a radicalement changé le rapport à la durée. Par exemple, Camus écrivait «L’acteur nous laissera au mieux une photographie et rien de ce qui était lui, ses gestes et ses silences, son souffle court ou sa respiration d’amour, ne viendra jusqu’à nous.» Aujourd’hui, les archives de la télévision et du cinéma constituent autant de fragments de mémoire, d’images plus exactes que n’importe quel souvenir individuel. Ainsi, même acteur de théâtre, d’aucun ne laissera plus «au mieux» qu’une photographie.

J’ai mis quelques commentaires entre crochets.


«Le spectacle, dit Hamlet, voilà le piège où j’attraperai la conscience du roi.» Attraper est bien dit. Car la conscience va vite ou se replie. Il faut la saisir au vol, à ce moment inappréciable où elle jette sur elle-même un regard fugitif. L’homme quotidien n’aime guère à s’attarder. Tout le presse au contraire. Mais en même temps, rien plus que lui-même ne l’intéresse, surtout dans ce qu’il pourrait être. De là son goût pour le théâtre, pour le spectacle [et nous pourrions ajouter aujourd’hui le cinéma, la webxhibition, la téléréalité, les téléséries, les innombrables magazines à potins, etc.], où tant de destins lui sont proposés dont il reçoit la poésie sans en souffrir l’amertume. Là du moins, on reconnaît l’homme inconscient et il continue à se presser vers on ne sait quel espoir. L’homme absurde commence où celui-ci finit, où, cessant d’admirer le jeu, l’esprit veut y entrer. Pénétrer dans toutes ces vies, les éprouver dans leur diversité, c’est proprement les jouer. Je ne dis pas que les acteurs en général obéissent à cet appel, qu’ils sont des hommes absurdes, mais que leur destin est un destin absurde qui pourrait séduire et attirer un cœur clairvoyant. Ceci est nécessaire à poser pour entendre sans contresens ce qui va suivre.

L’acteur règne dans le périssable. De toutes les gloires, on le sait, la sienne est la plus éphémère. [C’est beaucoup moins vrai avec le cinéma. Si on a oublié tous les acteurs de théâtre ou presque des années 20, Charlie Chaplin et Buster Keaton, par exemple, demeurent des légendes grâce au miracle de la pellicule argentique] Cela se dit du moins dans la conversation. Mais toutes les gloires sont éphémères. Du point de vue de Sirius, les œuvres de Goethe dans dix mille ans seront en poussière et son nom oublié. Quelques archéologues peut-être chercheront des «témoignages» de notre époque. Cette idée a toujours été enseignante. Bien méditée, elle réduit nos agitations à la noblesse profonde qu’on trouve dans l’indifférence. Elle dirige surtout nos préoccupations vers le plus sûr, c’est-à-dire vers l’immédiat. De toutes les gloires, la moins trompeuse est celle qui se vit.

L’acteur a donc choisi la gloire innombrable, celle qui se consacre et qui s’éprouve. De ce que tout doive un jour mourir, c’est lui qui tire la meilleure conclusion. Un acteur réussit ou ne réussit pas. Un écrivain garde un espoir même s’il est méconnu. Il suppose que ses œuvres témoigneront de ce qu’il fut. L’acteur nous laissera au mieux une photographie et rien de ce qui était lui, ses gestes et ses silences, son souffle court ou sa respiration d’amour, ne viendra jusqu’à nous. [De là toute la différence avec l’acteur du cinéma] Ne pas être connu de lui, c’est ne pas jouer et ne pas jouer, c’est mourir cent fois avec tous les êtres qu’il aurait animés ou ressuscités.

Quoi d’étonnant à trouver une gloire périssable bâtie sur les plus éphémères des créations? L’acteur a trois heures pour être Iago ou Alceste, Phèdre ou Glocester. Dans ce court passage, il les fait naître et mourir sur cinquante mètres carrés de planches. Jamais l’absurde n’a été si bien ni si longtemps illustré. Ces vies merveilleuses, ces destins uniques et complets qui croissent et s’achèvent entre les murs et pour quelques heures, quel raccourci souhaiter qui soit plus révélateur? Passé le plateau, Sigismond n’est plus rien. Deux heures après, on le voit qui dîne en ville. C’est alors peut-être que la vie est un songe. Mais après Sigismond vient un autre. Le héros qui souffre d’incertitude remplace l’homme qui rugit après sa vengeance. À parcourir ainsi les siècles et les esprits, à mimer l’homme tel qu’il peut être et tel qu’il est, l’acteur rejoint cet autre personnage absurde qui est le voyageur. Comme lui, il épuise quelque chose et parcourt sans arrêt. Il est le voyageur du temps et, pour les meilleurs, le voyageur traqué des âmes. Si jamais la morale de la quantité pouvait trouver un aliment, c’est bien sur cette scène singulière. Dans quelle mesure l’acteur bénéficie de ces personnages, il est difficile de le dire. Mais l’important n’est pas là. Il s’agit de savoir, seulement, à quel point il s’identifie à ces vies irremplaçables. Il arrive en effet qu’il les transporte avec lui, qu’ils débordent légèrement le temps et l’espace où ils sont nés. Ils accompagnent l’acteur qui ne se sépare plus très aisément de ce qu’il a été. Il arrive que pour prendre son verre, il retrouve le geste d’Hamlet soulevant sa coupe. Non, la distance n’est pas si grande qui le sépare des êtres qu’il fait vivre. Il illustre alors abondamment tous les mois ou tous les jours, cette vérité si féconde qu’il n’y a pas de frontière entre ce qu’un homme veut être et ce qu’il est. À quel point le paraître fait l’être, c’est ce qu’il démontre, toujours occupé de mieux figurer. Car c’est son art, cela, de feindre absolument, d’entrer le plus avant possible dans des vies qui ne sont pas les siennes. Au terme de son effort, sa vocation s’éclaire : s’appliquer de tout son cœur à n’être rien ou à être plusieurs. Plus étroite est la limite qui lui est donnée pour créer son personnage et plus nécessaire est son talent. Il va mourir dans trois heures sous le visage qui est le sien aujourd’hui. Il faut qu’en trois heures il éprouve et exprime tout un destin exceptionnel. Cela s’appelle se perdre pour se retrouver. Dans ces trois heures, il va jusqu’au bout du chemin sans issue que l’homme du parterre met toute sa vie à parcourir.

Mime du périssable, l’acteur ne s’exerce et ne se perfectionne que dans l’apparence. La convention du théâtre, c’est que le cœur ne s’exprime et ne se fait comprendre que par les gestes et dans le corps – ou par la voix qui est autant de l’âme que du corps. La loi de cet art veut que tout soit grossi et se traduise en chair. S’il fallait sur la scène aimer comme l’on aime, user de cette irremplaçable voix du cœur, regarder comme on contemple, notre langage resterait chiffré. Les silences ici doivent se faire entendre. L’amour hausse le ton et l’immobilité même devient spectaculaire. Le corps est roi. N’est pas «théâtral» qui veut et ce mot, déconsidéré à tort, recouvre toute une esthétique et toute une morale. La moitié d’une vie d’homme se passe à sous-entendre, à détourner la tête et à se taire. L’acteur est ici l’intrus. Il lève le sortilège de cette âme enchaînée et les passions se ruent enfin sur leur scène. Elles parlent dans tous les gestes, elle ne vivent que par cris. Ainsi l’acteur compose ses personnages pour la montre. Il les dessine ou les sculpte, il se coule dans leur forme imaginaire et donne à leurs fantômes son sang. Je parle du grand théâtre, cela va sans dire, celui qui donne à l’acteur l’occasion de remplir son destin tout physique. Voyez Shakespeare. Dans ce théâtre du premier mouvement ce sont les fureurs du corps qui mènent la danse. Elles expliquent tout. Sans elles, tout s’écroulerait. Jamais le roi Lear n’irait au rendez-vous que le lui donne la folie sans le geste brutal qui exile Cordelia et condamne Edgar. Il est juste que cette tragédie se déroule alors sous le signe de la démence. Les âmes sont livrées aux démons et à leur sarabande. Pas moins de quatre fous, l’un par métier, l’autre par volonté, les deux derniers par tourment : quatre corps désordonnés, quatre visages indicibles d’une même condition.

L’échelle même du corps humain est insuffisante. Le masque et les cothurnes, le maquillage qui réduit et accuse le visage dans ses éléments essentiels, le costume qui exagère et simplifie cet univers sacrifie tout à l’apparence, et n’est fait que pour l’œil. Par un miracle absurde, c’est le corps qui apporte encore la connaissance. Je ne comprendrais jamais bien Iago que si je le jouais. J’ai beau l’entendre, je ne le saisis qu’au moment où je le vois. Du personnage absurde, l’acteur a par suite la monotonie, cette silhouette unique, entêtante, à la fois étrange et familière qu’il promène à travers tous ses héros. Là encore la grande œuvre théâtrale sert cette unité de ton. C’est là que l’acteur se contredit : le même et pourtant si divers, tant d’âmes résumées par un seul corps. Mais c’est la contradiction absurde elle-même, cet individu qui veut tout atteindre et tout vivre, cette vaine tentative, cet entêtement sans portée. Ce qui se contredit toujours s’unit pourtant en lui. Il est à cet endroit où le corps et l’esprit se rejoignent et se serrent, où le second lassé de ses échecs se retourne vers son plus fidèle allié. «Et bénis soient ceux dit Hamlet, dont le sang et le jugement sont si curieusement mêlés qu’ils ne sont pas flûte où le doigt de la fortune fait chanter le trou qui lui plaît.»

Comment l’Église n’eût-elle pas condamné dans l’acteur pareil exercice?

[Deux paragraphes sur l’Église]

Les comédiens de l’époque se savaient excommuniés. Entrer dans la profession, c’était choisir l’Enfer. Et l’Église discernait en eux ses pires ennemis. Quelques littérateurs s’indignent :«Eh quoi, refuser à Molière les derniers secours!» Mais cela était juste et surtout pour celui-là qui mourut en scène et acheva sous le fard une vie tout entière vouée à la dispersion. On invoque à son propos le génie qui excuse tout. Mais le génie n’excuse rien, justement parce qu’il s’y refuse.

L’acteur savait alors quelle punition lui était promise. Mais quel sens pouvaient avoir de si vagues menaces au prix du châtiment dernier que lui réservait la vie même? C’était celui-là qu’il éprouvait par avance et acceptait dans son entier. Pour l’acteur comme pour l’homme absurde, une mort prématurée est irréparable. Rien ne peut compenser la somme des visages et des siècles qu’il eût, sans cela, parcourus. Mais de toutes façons, il s’agit de mourir. Car l’acteur est sans doute partout, mais le temps l’entraîne aussi et fait avec lui son effet.

Il suffit d’un peu d’imagination pour sentir alors ce que signifie un destin d’acteur. C’est dans le temps qu’il compose et énumère ses personnages. C’est dans le temps aussi qu’il apprend à les dominer. Plus il a vécu de vies différentes et mieux il se sépare d’elles. Le temps vient où il faut mourir à la scène et au monde. Ce qu’il a vécu est en face de lui. Il voit clair. Il sent ce que cette aventure a de déchirant et d’irremplaçable. Il sait et peut maintenant mourir. Il y a des maisons de retraite pour vieux comédiens.

samedi, août 23, 2008

Chaleur instantanés





Le sage parla

Pour ceux qui ne seraient pas abonnés au 24 Images, le dernier numéro vient de sortir avec une petite surprise: un dossier sur les Séries télé. Comme d'habitude, les textes de Pierre Barrette sont fort intéressants, même qu'il y a Helen qui signe un texte sur la téléperméabilité post-911.

Maintenant que la pub est faite, voilà l'extrait que je voulais partager. Tiré de l'entretien du réalisateur Paul Tana avec Marcel Jean.

«Je me réinstallerais volontiers dans le mainstream, mais je ne suis pas du tout certain que je jouerais avec le même intérêt dans la ligue dans laquelle j'évoluais avant, celle des longs métrages. Je ne sais pas... Je ne me sens pas victime du contexte actuel - dans lequel la quête avide du plus grand nombre de spectateurs est la donnée fondamentale -, mais comme observateur de ce contexte, je remarque que je ne peux accepter le conservatisme esthétique qui en découle.

Comme la plupart des cinéastes de ma génération, je suis le produit d'un environnement idéaliste, qui a peut-être même exacerbé des tendances narcissiques (le cinéma d'auteur avec un grand A), alors que le public était une donnée secondaire parce que ce qui était important, c'était la démarche du cinéaste. Avec raison, sans doute, on a contré les excès de cette pensée. Je ne condamne pas ce rééquilibrage. Le problème, c'et qu'aujourd'hui on a tendance à sacrifier des films en présumant qu'ils n'intéressent personne alors que ce qu'il faudrait, c'est un peu d'imagination du côté de la distribution et de la recherche de public

lundi, août 18, 2008

Louve-garou


Le FNC dévoilait aujourd'hui son affiche édition 2008. Plus féroce que le gros minou du FFM, mais ça manque pas un peu d'harmonie? Si on veut suggérer qu'une affiche superposée a été déchirée et découpée, on dirait plutôt un effet de découpage sur Photoshop. On s'habituera peut-être...


dimanche, août 17, 2008

L'image dans la peau

Je ne l’ai su qu’aujourd’hui parce que hier j’étais occupé à finir la construction de cela.
Ce n’est donc que cet après-midi que j’apprends ceci, Denis Côté a remporté hier le prix de la meilleure mise en scène au Festival de Locarno, pour le film Elle veut le chaos. À voir au FNC cet automne donc. Je n’ai jamais publié de commentaire sur ses films, ce serait une bonne occasion de me rattraper cet automne avec quelque chose de comparatif.

Il n’y a pas que le pelage du léopard qui soit fascinant comme en témoignent ces photos pigées sur AP. Comme quoi Denis C. a vraiment l’image dans la peau. On devrait décerner un prix à son tatoueur.









(Avec Eve Duranceau sur la dernière photo)
Je vous suggère ces liens:
-La nouvelle sur Canoë
-Le réalisateur parle de son film à La Presse
-Trois photos du plateau de tournage par FilmCan


jeudi, août 07, 2008

Le Cas goberge

J'y vais aussi de ma participation en tapage médiatique pour la sortie du prochain pseudofilm puérilo-nombriliste. Voici l'analyse la plus sérieuse que je puisse faire sans avoir vu le film (sinon on m'accuserait de mauvaise foi, je suis professionnel quand même). Mes prévisions donc, nono-bstant.





Mon choix aurait plutôt été:

mercredi, août 06, 2008

Citizen Penn

Les articles de 8000 mots et plus sont de plus en plus rares (et inexistants chez Quebecor).

Dans son numéro du mois de mai 2008, la revue Positif publiait la traduction d'un article fort intéressant sur Sean Penn paru en 2006 dans le New Yorker. En cherchant la citation «What's the difference between yogurt and Los Angeles? Yogurt has a living culture.», je me suis rendu compte que l'article original en anglais, également publié dans The Observer, se trouve toujours en ligne. Alors si ça vous intéresse et que vous n'avez pas ce numéro du Positif, voici le lien vers The Observer. Je l'ai aussi récupéré dans mes archives, sait-on jamais quand il disparaîtra.

Sur The Observer

Sur Cinépars

lundi, août 04, 2008

Soljenitsyne nous quitte



Ça y est, le grand écrivain est mort.

Je vous invite à lire cet article du Monde: Alexandre Soljenitsyne, écrivain et héros de la dissidence russe

L'autre Alexandre, Sokourov celui-là, a eu la bonne idée de le rencontrer il y a quelques années alors que l'écrivain était revenu dans sa terre natale. Quelques extraits du DVD dans ce billet: Dialogues with Solzhenitsyn : a film by Alexander Sokurov

samedi, juillet 26, 2008

Nuages sur la ville pendant la nuit



Une des choses que j’apprécie beaucoup chez Simon Galiero, c’est son attachement au cinéma québécois, à ses artisans et à son histoire. C’est extrêmement évident dans son prochain film, Nuages sur la ville pendant la nuit, (dont le tournage devait prendre fin cette semaine) puisque trois de ses acteurs sont Jean-Pierre Lefebvre, Robert Morin et Marcel Sabourin ! Pour un premier long métrage, il s’agit là d’une distribution plus que respectable, surtout lorsqu’on considère le petit budget.


Que Galiero fraye avec des cinéastes de cette trempe, je vois ça comme à l’époque médiévale des guildes où le savoir se transmettait entre maîtres et apprentis. Forger le savoir. Surtout que Lefebvre, Morin et même Sabourin sont des metteurs en scène…

Même si je n’en ai pas fait la critique dans mon blogue, j’ai beaucoup aimé son court métrage Notre prison est un royaume et je ne m’attends pas à moins de son premier long. En plus ce sont tous des gens qui ont beaucoup d’humour, alors ça promet comme tragicomédie.

Comme je suis toujours en retard dans les nouvelles, voici un article du Cahier Week-end du Journal de Montréal de la semaine dernière. Évidemment, on y a misé sur le petit budget de la chose, c’est presque qu’un branding maintenant, ou tu es un as du petit budget (catégorie de laquelle Denis Côté essaie de ne pas devenir l’emblème) ou alors tu cartonnes au box-office comme Canuel.

Les défis d’un budget limité

Sur la photo, à gauche complètement, Simon Galiero, l'homme à casquette visible derrière la tête de Jean-Pierre Lefebvre, Nicolas Canniccioni à la caméra et Robert Morin à droite. Le perchiste et le préposé au ventilateur me sont inconnus, ainsi que la jeune dame dans le miroir. © Le Journal, Alain Décarie

mercredi, juin 18, 2008

Tranche de vie

Pour vous faire savourer l'été qui arrive. Notre cabane à sucre la deuxième fois que nous avons pelleté le toit. La photo où on me voit à gauche, le bord du toit est environ à 12-14 pieds du sol.



lundi, juin 16, 2008

Tague printanière

Ce n'est pas que je n'ai rien à dire, mais tout est de la faute de ce fameux «manque de temps». Philémon (watch les serveurs Martin, je viens de mettre un lien vers ton blogue) me donne la chance de faire bouger un peu le blogue grâce à une tague bénigne.

Attrape le livre le plus proche
Va à la page 123 (ou 23 si short book !)
Trouve la 5ème phrase
Et recopie les 3 suivantes

À portée de main, j'avais le choix entre Le fond de l'aire est frais à droite (quelle coïncidence quand même!) et Notes sur le cinématographe à gauche. Pour plaire à tous les publics, je mets les deux.


Notes sur le cinématographe, Robert Bresson
P. 23

...Il est une amorce à quelque chose.)

*

M'appliquer à des images insignifiantes (non signifiantes).

*

Aplatir mes images (comme avec un fer à repasser), sans les atténuer.

Le fond de l'air est frais, Fred
p.23

-Jamais je n'ai été aussi humilié! Humilié!
Je ne suis pas un saltinbanque, madame, je ne donnerai plus un seul concert dans cette maison!
-Voyons, maître...

Pour terminer je refile la tague à Helen (on saura ce qui traîne près de son ordi pendant son doctorat) et Marmel pour savoir ce qui l'éloigne tant de son blogue. :-)

mardi, mai 13, 2008

Herzog - Wagner

La claque au visage. En regardant toujours à gauche, ne pas voir ce qui se trouve à notre droite.

En regardant les DVD de Der Ring des Nibelungen de Wagner, que je ne me permets pas encore d'acheter, je suis tombé sur un opéra mis en scène par Werner Herzog!!! Lohengrin, une nouveauté sortie en DVD sur le marché en avril 2008. Mais finalement, y a-t-il quelque chose de plus logique quand on pense à l'opéra si présent dans les films de Herzog. Fitzcarraldo!

J'apprends d'ailleurs l'existence du documentaire de Herzog The Transformation of the World Into Music (1994) qui traite des opéras et de la musique de Wagner.

Dans un article de Sensesofcinema, David Church écrit «He has directed operas (mostly by Wagner) periodically since 1986, including a performance of Schiller's Giovanna d'Arco that he filmed in 1989. The influence of opera is obvious in Fitzcarraldo, but the music also makes its way into many of Herzog's other films. He argues that opera plots are often completely unrealistic, but that the music somehow renders such strange machinations and wild emotions believable. This elevation of an opera's self-contained world toward a sort of deeper musical truth resonates somewhat with Herzog's approach to filmmaking, though he claims that film is more about transforming the world into believable images than into the unreal archetypal situations found in opera. This sentiment would be put to the test in his documentary Gesualdo – Tod für fünf Stimmen (Gesualdo – Death for Five Voices, 1995) for which he would take only the loosest historical facts about 16th century composer and prince Carlo Gesualdo, fabricating a bizarre biography about madness and murderous eccentricities. One of Herzog's most playfully entertaining and even comical documentaries, it features historians and bizarre Gesualdo enthusiasts presenting the composer's life and work. The resulting film emerges as a delightful ode to Herzog's skill in stylisation and his love of music – which he cites as a greater inspiration for his films than literary or filmic influences. »

Ainsi donc, ma rencontre avec Herzog se poursuit, là où je ne m'y attends même pas.

Lohengrin sur:

-Amazon

-Wikipédia

samedi, avril 12, 2008

Lecture pré-cannoise


Dans bientôt un mois c'est déjà le début du Festival de Cannes 2008, j'ai pensé mettre cet article apéritif d'André Bazin.

En 1955, Bazin avait couvert le Festival depuis ses débuts. En moins de 10 ans, l'événement avait déjà évolué et le critique en dressait un portrait.

J'aime le côté condescendant-critique-autodérisoire de l'article.

«[...] Ce qui ne laisse pas de donner aux journalistes un sentiment supplémentaire de supériorité. Eux, les blasés qui ne jettent qu’un coup d’œil distrait à Lollobrigida quand ils ont la faveur bénigne de la voir comme je vous vois, savourent le sérieux qui les faits différents de ces pauvres publicains prêts à tout pour apercevoir leur idole. Pour nous qui savons que la religion a besoin de ces pompes spectaculaires, de cette liturgie dorée, nous savons aussi où est le vrai Dieu, et si ces manifestations nous suggèrent plus de pitié condescendante ou amusée que de révolte purificatrice, c’est que nous savons que tout en définitive tourne à sa plus grande gloire.»

jeudi, avril 10, 2008

ATTABOY!

La même journée, pouvez-vous le croire? Deux en deux. Avez-vous un bon médecin pour une lobotomie à prix raisonnable? J'ai besoin de me faire mettre au niveau «populiste» pour faire mon boulot de rédacteur. Remarquez la qualité du français. J'ai mal.

mercredi, avril 09, 2008

Sur Sokourov, d'un inconnu


Voici un texte sur L'Arche russe et plus largement sur l'oeuvre de Sokourov que j'ai découvert sur le blogue anonyme Balloonatic - récemment dégoté - et signé sous le pseudo Buster. C'est le genre d'article que j'aurais aimé écrire sur le disciple de Tarkovski. Disons que la culture m'aurait manqué pour m'y attaquer de cet angle.

Après quelques échanges avec Buster, il m'apprend qu'il s'agit d'un article jamais publié. Dommage. Je l'ai donc mis dans mes archives Cinépars, pour le peu de visibilité que ça peut lui donner de plus.

Un extrait, deuxième paragraphe:

«Alexandre Sokourov cherche-t-il lui aussi à saisir ce sentiment de pourrissement à même la beauté des choses, à saisir dans le même plan l’image du beau et de sa déchéance? Car si son œuvre est volontiers décrite comme "réactionnaire", elle est surtout "réactive", telle une réaction chimique, une rosée acide, quand une goutte versée sur le pétale d’une rose déclenche instantanément sa flétrissure. Réaction même de la mélancolie. Encore que chez Sokourov ce qui fascine n’est pas tant le lamento infini que ses films font entendre (des documentaires élégiaques au méconnu Povinnost) que l’incroyable puissance formelle qu’ils dégagent, cette volonté surhumaine - et en cela parfaitement mélancolique - pour atteindre une image "impossible": une image qui se suffirait à elle-même, une image enfermée, encryptée, une image-caveau dans laquelle seraient enterrées les figures d’un passé révolu mais dont l’artiste conserverait la mémoire, à la fois douloureuse et vivante. Un lieu secret, la "Chose", que seule la sublimation permettrait d’approcher. Car c’est aussi cela qui fascine chez Sokourov: son étonnant pouvoir de sublimation. Filmer, peindre, fabriquer, "totaliser" des images, avec une telle énergie que l’œuvre aspire tout ce qui l’entoure, ne laissant rien hors de son propre champ. Clôturer l’œuvre pour mieux contenir la "Chose". Créer des formes, moduler des rythmes, jouer de la polyvalence des signes: sublimer avec d’autant plus de force que la mélancolie y est plus profonde.»

L'article complet L'Archirusse

En passant, je remarque que beaucoup de blogueurs, encore plus les français que les québécois, préfèrent demeurer dans l'anonymat. Peut-être que ça permet d'être plus libre dans ses commentaires? Question de vie privée?

dimanche, avril 06, 2008

De la cinéphilie

Devant l'usage abusif et répétitif du terme «cinéphile» par un journaliste du Gournal dans ses critiques, j'ai fini par flancher et lui envoyer ce plaidoyer.

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M. Lapointe, voilà déjà un certain temps que votre usage du mot «cinéphile» me donne envie de vous envoyer mes réactions à cet effet. Je le fais car le Journal touche beaucoup de lecteurs chaque semaine et que votre usage dudit mot semble ne jamais vouloir se modérer.

Il s’agit donc d’un plaidoyer pour la réhabilitation d’un mot qui m’est cher. Si je prends le temps de défendre mon point de vue, c’est pour qu’il en soit plus convaincant et indélébile dans votre mémoire.

Les sens des mots ne sont pas mathématiques. L’étymologie des mots varie selon leur histoire et leur place dans la langue à un moment particulier. Les mots naissent, se transforment, meurent et ressuscitent même parfois.

Les particules ciné et phile ne signifient pas simplement «ami du cinéma» ou «qui aime le cinéma», pas plus que pédophile «ami des enfants», nécrophile «ami des morts», philatéliste «qui aime acheter des timbres» ou philosophe «ami de la pensée». Un cinéphile n’est pas strictement une personne qui voit beaucoup de films, qui aime les films, qui va au cinéma ou je ne sais quoi. Les éléments phil et philo renvoient à un comportement obsessionnel négatif ou positif, à l’idée de collectionner, d’approfondir un sujet, de s’y dévouer et de se réunir pour en discuter (philologue, bibliophile, philharmonique, etc.).

Qu’est-ce donc qu’un cinéphile ? Pour une petite histoire, au moins lire la définition dans wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9philie. Cette définition se termine d’ailleurs par ce qui sera notre point de départ : «Si des années 40 à 1968 la cinéphilie peut être considéré comme un mouvement de par ses caractéristiques communes, depuis le terme est usité pour désigner des expressions ou des organisations d'une passion du cinéma plus diverses et contrastées, donc moins solidaire. Poursuivant une recherche intellectuelle et artistique ou se tournant vers la collection ou l'encyclopédisme, la cinéphilie est devenue une culture internationale malléable, adaptable autour de la définition première « la cinéphilie est l'amour du cinéma ». Cette nouvelle image, distincte du mouvement cinéphile français, permet de reconnaître les amoureux du cinéma de tout temps et de tout pays.»

Les cinéphiles aiment le cinéma et cherchent à le comprendre selon leurs intérêts particuliers. On peut être passionné à un moment ou un autre par un courant, un genre, une période, un pays, un réalisateur, un acteur ou un scénariste, tantôt lisant un livre sur le sujet, tantôt assistant à une rétrospective, tantôt achetant un coffret, etc. Être cinéphile implique une démarche qui dépasse le simple acte de visionner. C’est de chercher à connaître, à analyser mais aussi à nommer l’objet pour construire un discours porteur de sens. Qu’une personne voit 4 ou 5 films par semaine ne fait pas d’elle une cinéphile si son discours demeure invariablement «action ou pas d’action», «beaucoup d’effets spéciaux», «lent ou full d’action», «plate ou pas plate», «jeu pas convaincant ou convaincant», «super hot ou pas hot», etc. On doit chercher à comprendre le langage particulier du cinéma, son histoire et son évolution ainsi que son impact sur la société, l’individu et l’art lui-même. Ensuite, chaque film sera replacé dans ce contexte, nourrissant une réflexion continue sur le cinéma. Le cinéphile, curieux et insatiable de nature, veut tout sauf être enfermé, par exemple dans le langage généralement simpliste et stérile du cinéma commercial. (Quoique ce type de cinéma peu stimulant puisse aussi à l’occasion faire l’objet d’une réflexion sur la société ou le cinéma.)

De cette démonstration incomplète mais passionnée, vous me voyez venir. Quand vous utilisez le mot «cinéphile» 2, 3 et même 4 fois par critique de 500 mots sur des films comme Step Up 2, Definitely Maybe et Rush Hour 3 ( !!!), c’est complètement inapproprié. On frise la faute. Pour moi ce serait comme si un critique de resto s’adressait à son lectorat en terme de «gourmets», un critique de musique «mélomanes par ici, mélomanes par là» ou un critique de vin «mes chers œnologues». Quelques fois à la blague pourraient passer, mais il ne faut pas charrier.

Pourquoi ne pas se contenter de «spectateurs», «certains d’entre vous», «plusieurs», etc. ?

mercredi, mars 26, 2008

Des courts métrages au cinéma? Non!?

Dites-le à tous vos amis et connaissances qui font des courts métrages, il y a une opportunité de diffusion hors des festivals! C'est vraiment une bonne nouvelle. J'espère qu'il y aura un effet d'entraînement. Enfin les spectateurs pourront voir des courts métrages dans une programmation régulière et à la tivi en plus.

Voici le communiqué (désolé pour ceux qui s'aventurent sur Canoë, mais le doublon me semblait nécessaire):

Le court métrage enfin de retour dans les salles de cinéma !

Montréal, 26 mars 2008.

Pourquoi pas un court ? est à la recherche de douze courts métrages québécois d'environ cinq minutes qui seront diffusés en salle à partir de l'automne 2008. Le projet, qui voit le jour grâce à la collaboration de Téléfilm Canada, de la Société de développement des entreprises culturelles, de Télé-Québec, de la Régie du cinéma, de Vision Globale, de la Fondation René Malo et des Pionniers du cinéma, garantit aux courts métrages sélectionnés une visibilité exceptionnelle.

Pourquoi pas un court ? assurera le gonflage des films en 35 mm grâce à la collaboration exceptionnelle de Vision Globale, rendant du coup possible leur diffusion en salle. Les douze courts métrages sélectionnés seront d'abord présentés dans les cinémas de douze villes au Québec. Chaque mois, un court métrage sera projeté en avant-programme sur trois écrans d'une des salles participantes et, sur ce modèle, il fera le tour du Québec de septembre 2008 à août 2009. Les films seront ensuite diffusés sur les ondes de Télé-Québec. Ils seront distribués par Locomotion qui produira une compilation DVD.

Pourquoi pas un court ? recherche des films de genre de fiction ou d'animation, en français ou sans paroles, libres de droits et d'une durée maximale de 5 minutes. Les cinéastes ont jusqu'au 30 juin à minuit pour envoyer leur film.

Pourquoi pas un court ? est une initiative de Mario Fortin, directeur général du Cinéma Beaubien, Lise Dandurand, directrice générale de Ciné-Québec, et Michel Coulombe, chef des projets spéciaux à Radio-Canada International.

mercredi, mars 19, 2008

Sur Hommes à louer de Rodrigue Jean

Je n'ai pas encore envoyé de lettre à l'ONF pour dénoncer l'embargo sur le documentaire de Rodrigue Jean, mais laissez-moi attirer votre attention sur une chose. Pour servir la cause du film, le magazine 24 Images a exceptionnellement publié sur le web, en version intégrale, l'article de Gérard Grugeau et l'entretien avec le réalisateur parus dans le dernier numéro. Si vous n'êtes pas abonné au magazine, voilà une bonne occasion de vous informer et de réagir. C'est aussi une belle opportunité de diffusez l'information. Tant que Rodrigue Jean n'a pas gagné son combat, on peut apporter de l'eau au moulin. Demain je ferai même un billet sur Canoë, les réactions que ça va susciter...

Cliquez ici pour accéder à l'entretien (ou sur Cinépars)
Cliquez ici pour accéder à l'article Les enfants sauvages de Gérard Grugeau (ou sur Cinépars)

mardi, mars 18, 2008

Les nouveaux blogues cinéma

Voici donc ma cuvée 2008 de blogues ciné.

Le blogue d'un jeune réalisateur, Étienne Goulet, qui évidemment s'intéresse au cinéma.
http://x.etiennegoulet.com/

L'Oeil sur l'écran. Elle et lui commentent sur leur blogue hébergé par Le Monde les films d'hier et d'aujourd'hui qu'ils ont vus.
http://films.blog.lemonde.fr/

Un blogue de réflexion sur le cinéma hébergé par Le Monde.
http://borokoff.blog.lemonde.fr/

Et le blogue en première position de la section ciné de Blogged est... du Variety. Êtes-vous étonnés?
http://www.variety.com/blog/1390000339.html

Balloonatic, le blog des somnambules. Des citations, des vidéos, des réflexions.
http://theballoonatic.blogspot.com/

Notre musique. Que dire d'original sinon, beaucoup, beaucoup, beaucoup de matériel.
http://notremusique.blogspot.com/

J'aime regarder les films. Pas compliqué, de courtes critiques de films.
http://jaimeregarderlesfilms.blogspot.com/

Bon, ça ne fait que 7 blogues et non pas 8, j'étais monté à 9, mais en les regardant de nouveau je suis retombé à 7.

Les deux sites, c'est simple, il s'agit des Cahiers du Cinéma et de Positif. Est-ce vraiment nécessaire de les présenter?

Deux pays, deux cultures


On parle souvent de la grande différence entre les représentations européenne et américaine du sexe. Aujourd'hui le phénomène m'a sauté aux yeux avec ces deux affiches du même film. Vous aurez compris qu'à gauche il s'agit de l'affiche française et à droite de l'américaine. Vraiment frappant.

dimanche, mars 16, 2008

Ménage du printemps

Un peu comme a pris l'habitude de faire Lady Guy, qui d'ailleurs me bouta hors de sa cour - en effet, véritables Fourches Caudines de la blogosphère, je fus ignominieusement frappé de dérogeance, désarmé, passant de chevalier lige à ladre sans même arracher le titre d'écuyer -, je commence le ménage printanier de mes liens.

Il s'agira surtout d'ajouter du sang neuf. J'ai quelque 8 blogues et 2 sites sur le cinéma qui seront ajoutés, je vous les présenterai sous peu.

Dans ma recherche, j'ai trouvé ce blogue de Pierre Falardeau, malheureusement abandonné depuis longtemps par son auteur. Dommage, j'aime bien le style vitriolique de notre cinéaste bourru.

Par exemple: Le recyclage des ordures http://www.pierrefalardeau.com/content/view/33/1/

samedi, mars 15, 2008

Miserere nobis

Des tubes fluorescents. Quelques fenêtres donnant sur un quartier banal. Quatre rangs de chaises inconfortables en bois. À la fin du service religieux, les gens attroupés près de la porte de sortie quittent lentement la petite salle grise. Tous, exceptée une dame agenouillée, mains jointes, qui d’un cri du cœur lance une prière vers Dieu. Personne ne porte vraiment attention à ce moment de pieux éréthisme, si ce n’est un homme qui lui tapote incessamment le dos, probablement par un soucis fraternel de réconfort autant que d’incitation à l’abrègement.

Pour moi, cette scène de Du Levande de Roy Andersson représente en quelque sorte son cinéma. Ses films, comme cette prière, implorent en même temps qu’ils dénoncent. Délicieux.

Lord, please Lord, forgive them. Forgive them.
Forgive those who are greedy and cheap.
Forgive those who are greedy and miserly. And those who deceive and cheat or grow rich by paying miserable wages.
Dear Lord forgive them, forgive them.
And Lord, forgive those who humiliate and desecrate.
Forgive those who torture and kill.
Forgive those who bomb and destroy cities and villages.
Forgive those who are dishonest, those who lie and are false.
Forgive governments who withhold the truth from the people.
Dear Lord, forgive them.
Forgive those who are heartless, merciless, and quick to pass judgement.
Please Lord, forgive them.
Forgive courts that pass sentences too harsh or convict the innocent.
Forgive them.

-Anna… We have to close and lock up now.

Forgive newspapers and TV channels that mislead. That distract attention from that which is important. Dear Lord, forgive them.

vendredi, mars 14, 2008

Un dernier mot sur Funny Games

Pour ceux d'entre vous qui n'auraient pas déjà vu sur son blogue, Helen Faradji a pondu une critique du film Funny Games 2 sur 24iMAG.

DU VICE ET DE SES CONSÉQUENCES

J'ai réagi dans la section commentaires, à votre tour.

Vous le film à thèse cauchemardesque en forme de piège à rat? Ça vous dit?

*23h: Mise à jour. Comme une ancienne critique du ICI ne va pas sans l'autre, aujourd'hui on m'a aussi envoyé le lien de la critique vidéo de Juliette Ruer qui se retrouve sur Cyberpresse. La minute cinéma

mercredi, mars 12, 2008

Haneke - Qui veut être la mauviette?

Une bonne critique sur le dernier Funny Games proposée par un internaute anonyme sur le blogue de Helen (Arrête ton cinéma).

«Recurring Nightmare» dans The New Yorker


Extraits:

«Haneke seemed to suggest that recent cinema has cheapened such slaking of emotion into a near-pornographic fake: we are crazed and cheered by shuddering events that have no authentic claim upon our feelings. His solution, in “Funny Games,” was to teach us a lesson by refusing to offer any such arousal. One problem, however, was that the film itself inched close to the sort of exploitational detail that it was supposed to abhor—a proximity that only gets worse in this later version, which adds a definite carnal kick to the sight of the heroine being forced to strip to her underwear. »

[...]

[Conclusion]

«There is a shard of the punishing Teutonic fairy tale in everything he dreams up, and, if he puts the error of this latest film behind him, he could yet become the Grimm of the gated community, the chat room, and the gun club.

Only one thing stands in his way: the species known as the American male. Haneke’s best films revolve around the figure of a woman, either resourceful or remorseless—Juliette Binoche in “Code Unknown,” Isabelle Huppert as the sexual fanatic in “The Piano Teacher,” and now Naomi Watts in “Funny Games.” Whereas poor Tim Roth, who began his rise to fame as a blade-faced British skinhead, has been reduced by “Funny Games” to a fusspot—pathetically trying to blow his wet cell phone back to life with a hair dryer, in order to call the outside world. If Michael Haneke really wants to export his brand of panic to the United States, where it incontestably belongs, he’s going to need some leading men. But who will be brave enough to contact George Clooney, or Denzel Washington, and propose them for the role of a wuss?»

mardi, mars 11, 2008

Schizoderbergh

«The federal government announced today that, in an effort to eradicate the national debt it will be selling the state of Rhode Island to a group of private investors for a reported $18 billion. The investors plan to enclose the entire state with an all-weather roof and turn it into the world’s largets shopping mall. When asked for comment, a White House spokesperson would only say “Well, at least we didn’t sell it to the fucking Japenese”.»

Schizopolis. C’est le genre de film que tout réalisateur devrait se permettre au moins une fois juste pour faire l’exercice de la liberté. Et pour le spectateur, la catharsis est communicative.

Il m’arrive à l’occasion d’écouter les commentaires des réalisateurs sur leurs propres films. Les éditeurs mettent tellement d’efforts à nous trouver des suppléments.

Sur Schizopolis, j’ai eu toute une surprise. Criterion a probablement donné carte blanche à Soderbergh puisque celui-ci se permet de délirer en regardant son film. Il s’interviewe lui-même en ne changeant même pas de ton… Il nous raconte notamment qu’il a tenu le rôle principal parce qu’il était fait pour jouer, qu’on lui disait depuis qu’il avait cinq ans ; qu’un certain personnage représente les doutes du réalisateur, mais pas les siens car il n’a jamais connu ça contrairement à Kubrick ; que les acteurs devraient jouir dans la vie de l’absence de règles pour faire des expériences qui leur serviront de base dans leur métier ; que le métier de réalisateur est le plus utile au monde parce qu’il change la vie de millions de personnes alors qu’un travailleur social n’a d’impact que sur la vie d’une douzaine de personnes ; etc., etc.

Si vous mettez la main sur ce DVD, écoutez les commentaires, délire assuré.

En attendant Ocean’s… on est rendu à combien déjà ?

jeudi, mars 06, 2008

Quand ça va mal

J'avais beaucoup aimé le film Maelström de Denis Villeneuve.

Je ne sais pas pour vous, mais quand un producteur comme Roger Frappier - qui disons ne casse pas la baraque comme un André Forcier - en est rendu à faire ce type de déclaration, c'est que ça va mal...




Maelström,
de Denis Villeneuve (2001)
«Le cinéma à l’état pur. Bref scénario de 52 pages qui laissait toute la place au cinéma. Film sur la vie, la mort, le temps, l’espace et la lumière. Film dont nous avons recommencé complètement le
montage. Acte de foi dans un réalisateur. Découverte de Marie-Josée Croze.


Aujourd’hui, on accorde trop d’importance au texte et pas assez au cinéma entre les lignes. Le pouvoir de l’image a perdu sa place face au pouvoir des mots. Ce film ne serait plus possible aujourd’hui dans la volonté de tout comprendre et de tout expliquer avant de commencer à tourner.»

Et on ne parle que de Maelström là! Au diable l'imaginaire! Je souffre.

samedi, mars 01, 2008

Un film bien abject

Depuis quelque temps déjà, j’ai Michael Haneke de travers dans la gorge. Je remettais à plus tard mes réactions sur le blogue. Trop de choses à dire, trop de gêne devant le culte que plusieurs cinéphiles lui vouent. Alors c’est aujourd’hui, probablement grâce à un mélange explosif de Sudafed et de café brésilien brûlé à point, que je me vide l’abcès.

Il y a presque deux ans déjà (ce que le temps peut passer vite !), je publiais un billet s’intitulant Un film bien assommant en référence au film Caché de Michael Haneke. Je demandais à quiconque de bien vouloir m’expliquer comment on pouvait apprécier ce film. Même si plusieurs l’avaient apprécié, personne n’avait expliqué pourquoi. Seulement, beaucoup plus tard, s’ajoutait un commentaire pas du tout dénué d’intérêt. Commençons donc par ce commentaire comme amorce avant de descendre en flammes Funny Games. Ah ben oui, parce que c’est la sortie prochaine de Funny Games 2 qui me fait sortir de mes gonds.

Egoteknik m’écrivait en décembre 2007 :

«dis moi antoine, il y a quelque chose que je ne saisis pas. Comment peux tu dire que parce qu'un plan est fixe c'est qu'il ne se passe rien ... Alors qu'au contraire, s'agissant de Caché, c'est ce fameux rien qui produit le suspens c'est dire le moment où l'action est suspendu. de plus l'action n'est plus seulement, pour l'exemple qui nous intéresse, suspendu, mais également reporté puisque ce qui semble s'apparenter au présent est en fait passé, puisque qu'on s'aperçoit qu'il s'agit dans le récit d'une vidéo inséré dans un magnétoscope. C'est là ou intervient la notion de diégèse. Si tu reconsidère le début du film, au fil du générique on entend des voix. De part le choix de la vidéo dans ce plan on apparente un premier temps le voix à quelque chose d'extra diégétique, c'est à dire qui n'appartient pas au récit. Pour faire simple, quand tu entends un piano dans un film, si le piano n'est pas présent dans le récit, c'est que le son est extra diégetique. Si tu vois dans la scène un homme joué du piano le son est diégétique. Bref, la mise en scène nous conduit a se poser la même question que les protagonistes c'est à dire qu'est ce que cette vidéo ?

Toute la question de caché réside dans cette suspension permanente entre le regardant et le regardé ; qui regarde ou plutôt qui se regarde, c'est la mise en abîme.

bref on pourrait discuter fort longtemps de caché, non seulement pour sa mise en scène mais aussi pour son écriture d'une présicion d'orfèvre. Comme tu as l'air avide de références et pour te réconcilier avec Haneke, je te conseille de regarder Funny Games beaucoup plus accessible pour apprivoiser ce cinéaste autrichien au combien brillant. Par ailleurs je te conseille aussi Lost highway de Lynch qui comporte quelques similitudes d'écriture (dans la forme) avec Caché et manifestement comme tu souhaitait voir eraserhead tu pourrais envisager une soirée Lynch ...

Pour conclure je reviens sur un des articles que tu publies dans ton blog. Même si il est vrai le mot auteur est parfois pompeux, je voulais signifier qu'il ne faut pas confondre ecriture de scénario et écriture cinématographique. Pour l'exemple d'Hitchcock, si il est vrai que je n'ai pas souvenir d'avoir vu un scénario signé de sa main, il a écrit chaque plan de toute ses scènes et ce avec une maniaquerie folle. Le moindre élément de ses films trouve une justification (même la couleur des taxis dans la mort aux trousses). Donc attention de ne pas tout confondre ! (quel rebat joie je fais). Voilà. Merci
»

Ce commentaire nous permet tout de suite de mettre une chose au clair. Je ne remets pas du tout en cause le talent d’orfèvre de Haneke. Par exemple, d’avoir eu l’idée de séparer à toutes les occasions possibles les acteurs agresseurs des victimes lors du tournage, c’est tout simplement génial. De cette façon les agresseurs ont effectivement l’air complètement déconnecté de l’affreuse réalité qu’ils engendrent. On peut relever tout ce qu’il y a de plus génial, mon problème à moi c’est ce qu’on pourrait appeler la «séduction douteuse» de Haneke. Dans Funny Games, bien entendu.

Le film commence. De mon bagage personnel, l’entrée me rappelle le premier plan à vue d’oiseau de The Shining de Kubrick. Toute la scène étrange où un jeune voisin maladroit vient emprunter des œufs est savoureuse. Les deux jeunes «voisins» ne sont d’ailleurs pas sans rappeler les voyous d’un autre film de Kubrick, Orange mécanique.

Ensuite papa se fait casser une jambe et le cauchemar commence. D’accord. Premier élément inquiétant, les jeunes se moquent des victimes en donnant toutes sortes de causes bidons expliquant leurs gestes. Conclusion: Haneke se moque bien d’expliquer le mobile de ses bourreaux. Il n’y a pas de mobile. Haneke se moque aussi un peu de nous, les spectateurs.

Un peu de torture ici et là. Déjà, je n’en peux plus de voir la tronche de papa complètement paralysé par sa jambe cassée. Haneke n’a pas envie de raconter l’histoire d’un héros. Ça saute aux yeux, papa a encore une jambe sur laquelle sauter et toute la haine de voir sa famille maltraitée par des ptits connards, mais il reste complètement débile dans son coin. Haneke frustre les envies héroïques du spectateur. Papa va rester sur le divan et geindre.

Alors qu’on se demande où on s’en va avec tout ça, Haneke nous lance justement une bouée de sauvetage. Dans le cadre d’un «jeu», les agresseurs demandent aux victimes si elles pensent qu’elles vont s’en sortir et en plus l’un d’eux SE TOURNE VERS LA CAMÉRA et NOUS demande si nous pensons qu’elles vont s’en sortir. Mes méninges ce sont tout de suite mises en marche. J’avais vu Caché avant Funny Games. Dans Caché, il n’y avait aucune résolution de problème. Y aurait-il une résolution de problème dans Funny Games ? Non. Alors que me restait-il? Regarder des voyous sans mobile torturer une famille sans histoire pour me montrer que la violence c’est pas beau ? Pour me montrer que le cinéma ment en général, mais pas Haneke en particulier ? Pour me montrer le génie diégétique, extra-diégétique et indigeste de Haneke ? NON !

J’ai donc arrêté le film et j’ai fait avance rapide pour constater que je gagnais la «game». Les voyous s’en vont après avoir torturé les victimes à la mort et s’apprêtent à recommencer.

Quel est donc le but d’un tel exercice?

J’ai lu dans un article que «pour Michaël Haneke, il s'agit de dénoncer la violence et disséquer ses composantes. […] Il s'agit aussi de faire réaliser cette violence au spectateur. En effet, pour le réalisateur «nous sommes tous dans cette partie du monde très industrialisée et nous ne connaissons la violence personnelle que par les médias. Nous assistons à la déréalisation de la violence»».

Pour ma part, je suis très conscient de la déréalisation de la violence et je n’ai pas besoin d’endurer un film de torture pour me conscientiser. Je me range du côté de Wim Wenders, qui lors de la projection cannoise de Funny Games, avait quitté la salle et déclaré à propos du film : «Il fonctionne comme un cauchemar dont on ne peut pas s'échapper. Quand j'ai un cauchemar, je me lève parce que je sais que si je me rendors tout de suite, je vais retomber dans le cauchemar. Funny Games, c'est exactement ça. J'ai l'impression que c'est ce que voulait Haneke. En sortant avant la fin du film, je lui ai peut-être rendu justice

C’est exactement ce que je pense. Je pense qu’en sortant de la salle ou en arrêtant le film, on rend justice à Haneke. Sinon pour moi on est soit : naïf, sadique ou intello. Intello dans le sens où il faudrait tout rationaliser, intellectualiser, et ne plus voir que des intérêts esthétiques au film pour l’endurer.

Haneke a dit dans une entrevue : ««C’est brutal, mais éclairant. Je donne une gifle au spectateur en lui disant : Ah ! Tu es réveillé ! Coucou, c’est un film ! Et deux secondes plus tard, je lui prouve que je peux le séduire à nouveau. Ce que je lui montre à ce moment-là est désagréable. Mais sa curiosité fait de lui une proie facile. Puis il reçoit la deuxième gifle... et il me suit encore une fois. Et là je crois, je suppose qu’il ne comprend pas seulement intellectuellement : il commence à ressentir ce que c’est que d'être séduit. Dans le cinéma d’illusion, il paie pour oublier qu’il a signé ce contrat. Moi je lui montre qu’il paie pour un mensonge et qu’il est responsable de ce qu’il voit

Il faut croire que je ne suis pas facile à séduire ni une proie facile. Moi, il faudrait me casser les deux jambes pour m’immobiliser. Et vous? Êtes-vous comme papa à la patte cassée sur le divan? Vous regardez le spectacle en pleurnichant? À vous de le défendre! (Ou de vous défendre)


En passant, une interview intéressante donnée à Télérama en 1998. Cliquez ici

dimanche, février 03, 2008

Dialogues with Solzhenitsyn : a film by Alexander Sokurov

En épluchant les listes de DVD, je suis tombé avec étonnement sur Dialogues with Solzhenitsyn : a film by Alexander Sokurov. J’étais moins étonné de voir que le film était édité par Facets Video, de la dynamique cinémathèque de Chicago qui doit faire mourir d’envie bien d’autres institutions du genre. J’ai été étonné de nouveau en mettant le DVD dans mon lecteur lorsque je me suis aperçu qu’il ne s’agissait pas de dialogues posthumes… Soljenitsyne est encore vivant! Et Sokurov parle avec lui! Fascinant du début à la fin.

Dans la première partie, The Knot, Sokurov commence par dresser un sobre portrait biographique de Soljenitsyne à l’aide d’images. Ensuite, la seconde épouse de l’auteur, Natalia Svetlova, répond à quelques questions, notamment sur leur retour en Russie après plusieurs années passées aux États-Unis et sur la quasi-absence de reconnaissance de la part des Russes envers l’œuvre de Soljenitsyne.

Sokurov y va de son opinion tout au long du document visuel. Par exemple, «I don’t know about you, but I felt guilty. I felt guilty that we had [certainement il s’adresse aux Russes] nothing to receive him with, that we had nothing to give him».

Même s’il s’agit en quelque sorte d’un documentaire (philosophique), on y retrouve toute la poésie propre à Sokurov, ses leitmotivs visuels comme l’utilisation du noir et blanc, du monochrome, du flou, du brouillard, des plans fixes ainsi que la place donnée à la nature.

Le cinéaste s’introduit ensuite dans la vie de Soljenitsyne en l’accompagnant dans sa promenade quotidienne dans la nature. Il lui pose alors un certain nombre de questions banales et d’autres d’ordre philosophique. Cette balade rappelle étrangement un passage de August 1914, au deuxième chapitre, où l’étudiant Isaakii Lazhenitsyn se rend dans le jardin de Tolstoï pour poser une question au sage, alors qu’il faisait sa promenade quotidienne dans la nature.

Sur amazon.com The Dialogues with Solzhenitsyn (1998)


Voici des extraits que j’ai transcrits.

Sokurov insiste pour comprendre la cruauté humaine.

You see, all religions are against cruelty, all of them, but cruelty remains.
That’s what they’re for: so that man can have a shield, a brake. Repentance was so common in Russia. Now it doesn’t exist any more. Now you’ll never make anybody repent. I appealed for it in my article. Everybody just laughed. Whatever should repentance be for? When in some of my works I give way to my own repentance, the only result is : «Look, look, he himself is like this». No one thinks «Let me do it myself. I will try». [...] If it were only cruelty... How about greed? Is greed a lesser trouble than cruelty? Greed destroys the human race. Greed destroys everybody. Man can’t stop and say: «That will do. I’ve got enough. I’m perfectly satisfied».

To know is nothing. One has to let it into one’s heart. One may know anything. Some people know that God exists, even some scientists, some great physicists admit it, others don’t know. One knows, another doesn’t. No, it must be in the heart. One must live with it. Morality is not attained by knowledge. It is attained first in a child’s upbringing, then by a self-teaching. In this way, through experience.

Sur l’art

[…] And now you have to please millions. But their tastes aren’t developed. They are different. To please millions, quality decreases. But in fact, my idea is that in fact mass culture must not necessarily be low-level. Folklore is a proof. Folklore is a high-level art. And for the masses. [...] Folklore can attain, on one hand, a high level, and on the other, popularity. But in the art of today, this is not what matters in today’s art. It can, even remaining individual and professional, attain both a high level and mass accessibility. That can be attained. We mustn’t think that we are condemned to produce low-end rubbish.

-Is literature an emotional or a rational art?
Emotional. There are rational elements in it. There are even elements of scholarship, of analysis. But emotions must be there, otherwise it’s boring.
-So, literature is a structural art, by its nature, isn’t it? Is it close to architecture, if one wants to understand?
What is closer to? The prose is closer to architecture, you’re right.
-With its space, its laws, its freedom?
Its history. And the cinema, to the theatre?
-Nowhere. It goes nowhere
No to the theatre?
-It’s not an art at all.
Not an art? It’s wrong. It is an art. Must I convince you? This is an art. And in your works, it is an art.
-No, it just charms people. Charm is temptation. Charm is not love. It is temptation. Literature is an art.
[Silence de Soljenitsyne]

Which changes in the moral geography of man are irreversible?

Interesting. [...] I will answer you simply from a Christian point of view. The Christians believe everything is reversible, any sin, even any crime. While man is alive, he can understand and repent. In this respect, it is reversible. But you can’t repair anything. The result of your crime cannot be repaired. It’s in the past. Nothing to do. Only to grieve and to change. Still, Christianity appreciate it very much, this renewal of the soul, whenever it happens, even at the very end. This is Christianity. Otherwise, in our days, these turns of enlightenment become rare. One follows assuredly one’s wrong path. The Age tells him: «Go on». «Go on, everyone behaves so». This «everyone does» ossifies souls completely. People condemn themselves to complete perdition.

-Crime and punishment?

Yes it is, the punishment is that man can’t repent any more, lost in this stream and in this stream, he’s not even a person. The reason is: «Everyone does so». This is the most terrible idea.
Humilité

The higher power is always God, and those who cannot attain religious conscience, must have at least some humility towards existence. Remember the tree yesterday, each tree makes us stand in awe. And is it only trees? What about birds? Animals? Rivers? Mountains? Humility towards existence. Understanding our limitedness, our wretchedness. If not believing in God.

Le progrès

In general, mankind became so enthusiastic about progress, pushing forward with it ever since the Age of Enlightenment. But in reality, all mankind has won its spiritual emptiness. Only technology, civilisation, give-me-all, all the goods, now the Internet, the stream of information leaves no more air to breathe, the soul goes empty. The soul is empty, death is terrifying, nowhere to go.

-Art suffers pressure from progress.

Yes, you see, unfortunately progress did not, as we see it... The progress we know made its biggest steps in the last 4-5, no, 4 centuries. Before, it was very slow. Millennia went on slowly, with very few changes. But from the start today’s progress has overlooked the soul. The emptiness of the soul. People began to lose their soul to material growth, to civilisation. We have spoken of this.

Nouvelle passion

«Un passionné de cinéma et de beaucoup trop de choses...»

Je suis un passionné, que voulez-vous (à tendance autiste, diraient certains de mes amis). Depuis que je suis revenu au Saguenay, je me suis découvert une passion pour les plantes et surtout pour les arbres. J'ai même lancé un site web et un blogue sur le sujet des séquoias, ce qui explique en partie le peu d'activité sur le présent blogue. Oh j'ai des choses à dire, peut-être trop encore, comme un virulent billet contre le cinéma de Michael Haneke, mais ça ne saurait tarder puisque j'achève mon site sur les séquoias.

Si vous le visitez, notez que la très grande majorité des photos sont de moi.


jeudi, janvier 17, 2008