mardi, août 01, 2006

Un film bien assommant

J'aime bien cette affirmation de Bertolt Brecht: «Depuis toujours, l'affaire du théâtre, comme d'ailleurs de tous les autres arts, est de divertir les gens. Cette affaire lui confère toujours sa dignité particulière; il n'a besoin d'aucune autre justification que l'amusement, mais de celui-ci absolument.»

Évidemment, le divertissement demeure aussi une chose «absolument» personnelle. À titre d'exemple, je me divertis tout en philosophant en regardant The Stalker et j'ai un plaisir fou à voir Ding et Dong le film. Par contre, ai-je eu quelconque amusement à voir Caché de Michael Haneke ? Que non! Certes, il y a des idées originales de réalisation et d'autres de réflexion sur l'oubli (notamment), mais l'utilisation des plans fixes où il ne se passe rien!? Les nerfs veulent nous sortir par la peau sans pour autant que le phénomène soit causé par une quelconque tension liée à la progression de l'histoire. Audacieux, original, intelligent... mais divertissant, non!

Souvent dans ces cas là, je cherche à comprendre ce que j'ai pu manquer. Par exemple, il a remporté le prix de la mise en scène à Cannes en 2005. Mouais.

Pour essayer de comprendre un peu mieux, j'ai lu une bonne partie d'une étude assez lourde sur le site universitaire Cadrage.net. Pour vous donner une idée du film et de l'étude, en voici un extrait:

«Ce sont donc trois formidables courts-circuits aux effets historiques, politiques, esthétiques, technologiques et psychanalytiques multiples et entremêlés dont Caché est structurellement zébré, tendu qu'il est à l'instar des films qui le hantent entre le lointain et le proche (dans l'espace et dans le temps), entre le privé et le public comme entre l'individuel et le collectif, entre le temps long de l'Histoire et l'« à-présent » de la brisure historique, entre l'actuel et l'intempestif selon la distinction établie par le philosophe Michel Foucault, entre les dominants et les dominés placés dans l'échelle de la stratification sociale comme l'expliquerait tout sociologue wébérien, ou encore entre les vivants et les morts, etc. »

Je ne sais pas pour vous, mais lorsque je suis devant l'écran et qu'il ne se passe RIEN dans un plan, je ne commence pas à faire des parallèles sociologiques, du moins pas dans ce film.

Si quelqu'un a été diverti par ce film, il faudra qu'il m'explique comment cela lui est arrivé.


Étude sur le film Caché: http://www.cadrage.net/films/cache.htm

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En lisant cette étude, je suis tombé sur un terme que je ne connaissais pas. J'aime bien apprendre de nouveaux mots, alors j'ai cherché dans mes dictionnaires et il ne s'y trouve pas. Le mot est «diégèse».

Grâce au web, j'ai découvert que ce néologisme vient d'un article intitulé « La structure de l’univers filmique et le vocabulaire de la filmologie » (in : Revue internationale de Filmologie, n°7-8 [1948], pp. 231-40). Sa définition simple est :

«(Filmologie, Sémiotique cinématographique). Ensemble des éléments d’un récit filmique considérés en eux-mêmes, univers dans lequel s’inscrit une histoire.»

Si jamais la définition complète du mot vous intéresse, cliquez ici. Moi c'est l'article que je voudrais bien lire, alors si jamais quelqu'un sait comment le trouver, je lui serais reconnaissant de m'aider.

7 commentaires:

Helen Faradji a dit...

Ahhh, les mots savants des études cinématographiques! Tout un bonheur. Et tu sais, tu peux même en faire des variations (extra-diégétique, para-diégétique et toutes sortes d'autres mots bien amusants)...
Bref, tout ça pour dire que pour l'article, je te conseille un petit tour par l'une de nos belles bibliothèques universitaires, rayons périodiques. En principe, il devrait s'y trouver.

Je réfléchis à une façon de te faire comprendre pourquoi j'ai aimé Caché et je te reviens!

Antoine a dit...

Para-diégétique... mmmh, c'est bien beau jusqu'à ce que le prof demande d'expliquer ce qu'on entend par là. :)

J'ai regardé un peu par les catalogues en ligne des bibliothèques, ma crainte c'est que nos jeunes universités n'aient pas le numéro de 1948, mais j'irai faire un tour oui.

J'ai bien hâte de lire tes impressions sur Caché!!!

Martine a dit...

Oh, ça faisait longtemps que j'avais entendu ce mot! J'y ai eu droit très souvent pendant mes études de maîtrise en cinéma! J'ai même fait un travail sur les éléments extra-diégétiques d'un film mais je ne me rappelle plus des détails. La mémoire, ça joue des tours...

Regarde du côté des publications d'André Gaudreault (de qui j'ai été l'assistante à l'époque) et de François Jost, dont:
http://www.cine-memento.fr/recit-cinematographique-p-1186.html

Helen Faradji a dit...

Oh, Martine! On ne se connait pas, mais on a un point commun. J'ai moi aussi été l'assistante de monsieur Gaudreault, il y a quelques années maintenant!
Alors...enchantée!

Pour revenir à nos moutons diégétiques, je viens de fouiner dans un livre et il semble que le mot vienne du grec et a été introduit en théorie du cinéma par Etienne Souriau (L'univers filmique, 1953 chez Flammarion). Plus de détails ici: http://www.ditl.info/arttest/art823.php

JF a dit...

Personnellement j'ai adoré "Caché", mais j'aurais de la difficulté à dire exactement pourquoi (mis à part les performances, l'ambiance, le suspense, le fait qu'il n'y a pas de musique, les longs plans que j'ai adorés, etc.)...

Mais si j'arrive à formuler une réponse plus concrète et intelligente, je le ferai savoir ici.

Martine a dit...

Enchantée aussi, Helen (même si je te "connais" par ton blogue). Je pense que nous devons être nombreux et nombreuses! On devrait faire une réunion des anciens assistants!

egoteknik a dit...

dis moi antoine, il y a quelque chose que je ne saisis pas. Comment peux tu dire que parcequ'un plan est fixe c'est qu'il ne se passe rien ... Alors qu'au contraire, s'agissant de "Caché", c'est ce fameux rien qui produit le suspens c'est dire le moment où l'action est suspendu. de plus l'action n'est plus seulement, pour l'exemple qui nous intéresse, suspendu, mais également reporté puisque ce qui semble s'apparenter au présent est en fait passé, puisque qu'on s'aperçoit qu'il s'agit dans le récit d'une vidéo inséré dans un magnétoscope. C'est là ou intervient la notion de diégèse. Si tu reconsidère le début du film, au fil du générique on entend des voix. De part le choix de la vidéo dans ce plan on apparente un premier temps le voix à quelque chose d'extra diégétique, c'est à dire qui n'appartient pas au récit. Pour faire simple, quand tu entends un piano dans un film, si le piano n'est pas présent dans le récit, c'est que le son est extra diégetique. Si tu vois dans la scène un homme joué du piano le son est diégétique. Bref, la mise en scène nous conduit a se poser la même question que les protagonistes c'est à dire qu'est ce que cette vidéo ?

Toute la question de caché réside dans cette suspension permanente entre le regardant et le regardé ; qui regarde ou plutôt qui se regarde, c'est la mise en abîme.

bref on pourrait discuter fort longtemps de caché, non seulement pour sa mise en scène mais aussi pour son écriture d'une présicion d'orfèvre. Comme tu as l'air avide de références et pour te réconcilier avec Haneke, je te conseille de regarder "Funny Games" beaucoup plus accessible pour apprivoiser ce cinéaste autrichien au combien brillant. Par ailleurs je te conseille aussi "Lost highway "de Lynch qui comporte quelques similitudes d'écriture (dans laforme) avec "cachés" et manifestement comme tu souhaitait voir eraserhead tu pourrais envisager une soirée Lynch ...

Pour conclure je reviens sur un des articles que tu publies dans ton blog. Même si il est vrai le mot auteur est parfois pompeux, je voulais signifier qu'il ne faut pas confondre ecriture de scénario et écriture cinématographique. Pour l'exemple d'Hitchcock, si il est vrai que je n'ai pas souvenir d'avoir vu un scénario signé de sa main, il a écrit chaque plan de toute ses scènes et ce avec une maniaquerie folle. Le moindre élément de ses films trouve une justification (même la couleur des taxis dans la mort aux trousses). Donc attention de ne pas tout confondre ! (quel rebat joie je fais). Voilà. merci