mercredi, juillet 29, 2009

Sur Elle veut le chaos



«C’est pourquoi les auteurs naturalistes méritent le nom nietzschéen de «médecins de la civilisation». Ils font le diagnostic de la civilisation.»


Avant-propos :

Par une étrange coïncidence, il y a eu toute une série d’échanges sur le blogue d’Helen au sujet de Denis Côté alors même que j’avais déjà publié la première partie de ce long billet ainsi que l’article de Falardeau. Je tiens à préciser que si j’avais voulu participer au débat sur ATC, je l’aurais fait sous mon nom de Stalker. Comme je préparais déjà cette deuxième partie de billet sur le film de Côté, j’ai préféré me tenir en retrait et me contenter de lire avec intérêt les nombreux commentaires. Je dois dire que si l’anonymat ou le pseudonymat n’empêche pas le propos d’être juste, il permet malheureusement plus facilement l’usurpation et les dérapages. Dommage qu’autant de gens préfèrent demeurer dans l’ombre car en effet la diatribe et la subversion manquent cruellement dans un Québec où le «pamphlet» désigne plus souvent qu’autrement le dépliant publicitaire.

DEUXIÈME PARTIE (fait suite à Autour de Elle veut le chaos)

Qu’est-ce qui agresse au juste dans Elle veut le chaos? D’une part, André Roy le souligne, c’est la quasi absence du recours à la puissance des sentiments (pris au sens le plus large). On s’en fout du destin des personnages et de ce qu’ils vivent. Tellement que lorsqu’ils meurent l’un après l’autre, on n’a ni compassion ni quelconque sentiment de justice rendue. S’il n’y a pas ou peu de sentiments, il ne reste alors que le cérébral (encore que cette dichotomie soit plus utile que réelle, les deux étant interdépendants). Comme le souligne Roy, il n’y a ni quête spirituelle ou mystique, ni rédemption. C’est ici qu’on pourrait peut-être parler d’audace. Côté explore les limites de la (non) potentialité au cinéma en réduisant l’expérience à une série d’actions presque vide de sens. L’idée maîtresse dans Elle veut le chaos, c’est celle du Contre : contre Hollywood, contre les effets habituels du cinéma, contre le cinéma socio-politique ou philosophique, contre la puissance de l’affect, contre le héros, contre le manichéisme, etc.

En écrivant ce paragraphe, j’étais déjà sur une piste mais il me manquait quelque chose. André Roy parlait de primitivisme, moi je voyais dans les personnages de Elle veut le chaos non pas deux bandes opposées, mais un seul et même groupe divisé et opposé. Je pensais à «clan», «gang» et même «meute»; la meute divisée, en état de crise. Comprenez donc toute mon excitation quand je suis tombé sur la catégorie bénie d’image-pulsion de Deleuze, alors même que je cherchais à positionner le film inclassable de Côté. Si vous avez vu Elle veut le chaos et que vous avez le livre L’Image-mouvement dans votre bibliothèque, rendez-vous au chapitre 8 du livre de Deleuze. Tout est là. Il m’apparaît évident que Denis Côté a tourné un des rares films qui se classent sous l’image-pulsion.

Un premier extrait nous permettra de situer l’image-pulsion dans la classification des images de Deleuze : «Quand les qualités et puissances sont saisies comme actualisées dans des états de choses, dans des milieux géographiquement et historiquement déterminables, nous entrons dans le domaine de l’image-action. Le réalisme de l’image-action s’oppose à l’idéalisme de l’image-affection. Et pourtant, entre les deux, entre la priméité et la secondéité, il y a quelque chose qui est comme de l’affect «dégénéré» ou de l’action «embryonnée». Ce n’est plus de l’image-affection, mais ce n’est pas encore de l’image-action. La première, nous l’avons vu, se développe dans le couple Espaces quelconques-Affects. La seconde se développera dans le couple Milieux déterminés-Comportements. Mais, entre les deux, nous rencontrons un couple étrange : Mondes originaires-Pulsions élémentaires. Un monde originaire n’est pas un espace quelconque (bien qu’il puisse y ressembler), parce qu’il n’apparaît qu’au fond des milieux déterminés; mais ce n’est pas davantage un milieu déterminé, lequel dérive seulement du monde originaire.»

L’image-affection, c’est lorsque le gros plan domine pour saisir les affects à l’état pur comme la violence, l’horreur, la haine, etc. Dans son film, Côté s’en sert très peu et les seuls affects présents sont effectivement «dégénérés». Pensez aux scènes où l’amour voudrait se réaliser, il se fait à tout coup dégénéré et reste à l’état embryonnaire. Que la proposition vienne de Spazz (Nicolas Canuel), Pierrot (Laurent Lucas) ou Pic (Olivier Aubin), cette pulsion - qui ne correspond d’ailleurs à aucun idéal de l’amour, sauf peut-être dans le cas de Pierrot - est repoussée par Coralie (Ève Duranceau). Coralie n’a elle-même aucun idéal de l’amour, elle ne saurait donc y répondre selon des critères établis. Pic, lui, proposait une sorte d’échange de pulsions : il offre à Coralie de la nourriture (pulsion alimentaire), tacitement «en échange de son corps» (pulsion sexuelle). Ces pulsions sexuelles refoulées dégénéreront, Pierrot sortira son arsenal d’armes alors que Spazz arrachera un morceau à Coralie. Étrangement, alors même qu’elle fait face à ce monde de pulsions qui tantôt la rejette et tantôt cherche à l’intégrer (et même la phagocyter), elle y résiste en ayant recours elle-même à ses pulsions ou du moins à son instinct.

L’image-action, quant à elle, est la plus commune au cinéma, surtout dans les films américains. C’est celle qu’on retrouve dans les films d’action où la situation réclame un héros. Le milieu déterminé aura souvent pour sujet une lutte historique dans des lieux connus : Fort Alamo, la guerre de Sécession, la conquête de l’Ouest, la Grande Dépression, la prohibition et la mafia, etc. Évidemment, le film de Côté n’a pas grand chose à voir avec l’image-action, même si le sujet de la mafia aurait facilement pu s’y prêter.

Le milieu de Elle veut le chaos est plutôt indéterminé, avec ses quelques fermes en bordure d’une autoroute. Dans le Québec rural, quelque part, à peu près à notre époque, une drôle de meute se disloque. Le groupe lui-même ne constitue pas un portrait précis d’une quelconque classe sociale. On se rend compte non sans humour que la bande d’Alain (Réjean Lefrançois) n’a absolument rien d’une famille de cultivateurs de maïs – ce qu’elle cultive pourtant. Assis sur le balcon à tuer le temps, réparant la camionnette, jouant au ping-pong, discutant d’activités illicites, ce gang mafieux semble tout droit sorti d’un quartier urbain malfamé.

Ce qui rend le film si déroutant, c’est que les actions des personnages ne répondent pas à des mobiles identifiables qui permettraient normalement de tracer une ou des trajectoires. Les personnages répondent à leurs pulsions. Or, une pulsion n’a pour cause qu’elle-même et son actualisation demeure toujours complètement imprévisible, en durée comme en force.

L’image-pulsion occupe tellement le centre dans Elle veut le chaos que Coralie en est la fille. Son père Jacob (Normand Lévesque) lui explique qu’à cette époque lointaine (les années 70?) où on fêtait fort et qu’on avait du plaisir, Alain, lui-même et d’autres hommes s’étaient retrouvés avec sa mère Hélène (Marie-Claude Langlois) et avaient eu envie d’elle. Il lui apprenait donc qu’on ne savait pas qui était son vrai père sinon un des hommes de ce groupe. Coralie est donc la fille de la Pulsion.

-Pourquoi le ptit nouveau, Pic, vient me dire que j’ai les mêmes yeux qu’Alain?
-On avait organisé un gros party à maison. Tout le monde était gelé, saoul, n’importe quoi… On était cinq gars avec Hélène…
-Pis?
-Pis… rien... C’est peut-être Alain… Les autres… C’est peut-être moi.
-Tu penses que je vas croire ça?
-Ouais.
-Crisse de menteur.


Nous pourrions continuer ainsi longtemps à décortiquer le film en trouvant des images-pulsions, mais nous perdrions de vue la question qui nous intéresse sur l’ennui. Allons à l’essentiel.

Je crois avoir déjà touché un point très important en disant qu’une pulsion n’a pour cause qu’elle-même. Comment alors éviter de tomber dans les scènes répétitives, sans but ou sans liens entre elles si une image vit pour elle-même? Côté s’est pris dans ce piège. Je ne prendrai qu’un seul exemple. Le personnage de Nicolas Canuel intimide un «client» ligoté à une carcasse automobile (pulsion de violence exaltée, de pouvoir), la caméra se déplace lentement dans un mouvement latéral, faisant passer l’image du clair au sombre au fur et à mesure qu’on se retrouve à contre-jour. C’est une très belle façon de faire mourir un plan, c’est très beau, mais pour créer quel effet «utile»? En quoi cette séquence est-elle liée aux autres ? À ce moment précis, que devrait-elle faire voir ou naître comme sentiment ou idée par rapport à l’Idée du film ?

Par la juxtaposition d’images plus ou moins liées entre elles, Côté aplatit son récit mais il s’arrête là. Jean-Louis Provoyeur écrivait dans Le cinéma de Robert Bresson (cinéaste que Côté admire) : «Si voir c’est prévoir, au cinéma c’est construire le récit en anticipant sur le sens ou sur l’action à venir. L’image dénarrativisée doit à la fois décevoir les attentes narratives du spectateur et le contraindre à voir des objets, des visages, des parties du corps indépendamment de leur fonction à l’intérieur du récit, pour leur redonner leur puissance de réalité, c’est-à-dire de mystère ou d’étrangeté. Il y a ainsi toujours dans l’effet de réel tel qu’il est produit dans les films de Bresson, un effet de surprise, indissociable du montage comme principe de collision.» p.232.

««Placer le public vis-à-vis des êtres et des choses, non comme on les place arbitrairement par habitudes prises (clichés), mais comme tu te places toi-même selon tes impressions et sensations imprévisibles. Ne jamais rien décider d’avance.» Notes sur le cinématographe, p. 94. C’est Bresson qui souligne.»

Si Côté déçoit à souhait les attentes narratives du spectateur au plan du récit (Elle veut le chaos est un travail systématique de dénarrativisation), au plan formel c’est complètement l’opposé qui se produit ; de telle sorte qu’on se retrouve souvent devant des beaux plans (des clichés ?) entre lesquels l’effet de collision est nul. Ève Duranceau devant une grange, dans la rue, dans le champ, devant une fenêtre, sur la clôture, etc., qui ont tout d’une superbe photographie pour illustrer le mois d’octobre dans un calendrier mais qui servent quel but? Bref, à mon avis, Côté n’a pas pris les risques formels qui correspondraient à son parti pris narratif et je pense que beaucoup de spectateurs et de critiques se sont fait embobeliner par cette esthétique des images qui tourne à vide. À mon sens, s’il y a une fausse audace, elle est bien là. Je n’ai pas vu d’audace ni d’innovation dans les images ou le montage de Elle veut le chaos.

Sur ce manque d’innovation chez plusieurs jeunes cinéastes – qui pourtant s’opposent au manque d’innovation dans le cinéma dominant-, Marie-Claude Loiselle a soulevé des questions très pertinentes dans son éditorial du numéro 140. Il est à lire au complet pour qui s’y intéresse.

Un extrait de l’éditorial de Loiselle :

«Mais avant tout, le jeune cinéma québécois qui attire notre attention, autant que le cinéma français que nous venons d'évoquer, marquent tous deux leur opposition à une sorte de «qualité professionnelle» venue standardiser la production dominante, répondant à un encadrement à outrance du cinéma par une quête de liberté. Or cette quête, quoique motivée par la volonté d'élaborer un langage formel doublée d'un urgent besoin de tourner, ne conduit pourtant pas nos cinéastes à proposer quelque chose d'unique ou de véritablement déroutant. Paradoxalement, si ce désir de liberté en amène plusieurs à se réclamer d'un certain «radicalisme» et d'une «aridité» esthétique, on peut se demander à quel point ces cinéastes savent tirer parti de la liberté que leur offre l'indépendance dans laquelle ils tournent la plupart de leurs films. Quel radicalisme y a-t-il à reprendre à leur compte les traits d'un cinéma largement répandu (même si toujours en marge de la production dominante) et éprouvé depuis 40 ans?

En cherchant à se libérer de tous les codes d'efficacité d'un cinéma institutionnel extrêmement normalisé, bien des jeunes cinéastes ne prennent-ils pas le choix même d'un parti pris contraire aux critères commerciaux pour une attitude subversive? La véritable radicalité (et la véritable liberté) ne suppose-t-elle pas – même à l'intérieur d'une mouvance, d'une famille de création – la capacité de s'affranchir de tous les procédés trop facilement recyclables d'un film à l'autre? Le risque de succomber alors à un certain maniérisme et à un effet de mode, aussi marginale soit-elle, les guette. Un plan long enveloppé de silence ne peut pas être en soi une façon de s'opposer à un cinéma au rythme frénétique. Il ne peut être qu'une manière de mieux faire voir, dans la mesure seulement où il est porté par un regard singulier.»

Ceci nous amène à aborder la question du cinéma contemplatif. Pour en donner une définition très sommaire, disons que la contemplation implique davantage l’intellect (un commentaire plus complet inclurait aussi l’intuition), en opposition à l’affect et à l’action. Bien entendu, il ne suffit pas de braquer une caméra en plan fixe sur la nature, de recourir aux services d’un bon preneur de son et de plaquer de la musique sur le tout pour réaliser un bon film contemplatif. Comme le souligne Loiselle, les nombreux interstices doivent donner l’occasion au spectateur de voir dans la mesure où le film est porteur d’un regard singulier ; on pourrait aussi dire d’une Idée ou d’un point de vue. La contemplation renvoie aussi à l’idée d’extase, comment alors ne pas penser à la recherche d’«ecstatic truth» de Werner Herzog. C’est son truc à lui, l’Idée qui motive tous ses films et qui détermine sa façon d’aborder le cinéma, au-delà de la simple idée du «contre Hollywood». Les cinéastes qui font du cinéma contemplatif prenant en s’appuyant sur une histoire et des sentiments ne manquent pas, je pense rapidement à Roy Andersson, Tsaï Ming Liang, Gus Van Sant, Bruno Dumont et Alexandre Sokourov.

Sokourov atteint presque les limites possibles du contemplatif dans Mère et fils, frôlant de peu la pétrification, le film se résumant en quelques tableaux quasi picturaux où les deux personnages apparaissent tels des fantômes discrets, pâles, sur le point de disparaître. Ce cinéma statique, difficile, pointu et aride ne se contente pas de se définir comme tel. Même s’il le fait à contrecœur, Sokourov admet que le cinéma demeure toujours une entreprise de séduction, beaucoup plus que dans la littérature (voir The Dialogues with Solzhenitsyn). Haneke, lui, ne s’en cache pas du tout et il se fait ouvertement virtuose de la séduction dans Funny Games (voir l’entrevue à Télérama). Dans Mère et fils, Sokourov nous met devant une situation déchirante, presque insupportable, d’une mère qui vit ses derniers moments aux côtés de son fils complètement bouleversé et désorienté. La mort, la piété filiale, les beaux paysages de campagne, c’est déjà beaucoup, mais chaque plan maladivement étudié sert une idée plus grande qui apparaît comme en filigrane dans les intervalles. Une campagne déserte, un arbre au tronc géant et une école rurale vétuste suffisent déjà à faire sentir le poids mélancolique de l’Histoire et de l’œuvre du Temps. Le travail est commencé – sentimental comme intellectuel -, un monde attachant disparaît en lambeaux, la jeune génération «dépaysée» est fragile et puis à chaque spectateur d’y ajouter ce qu’il peut y voir.

Dans Elle veut le chaos (et plus encore dans Carcasses), Denis Côté a comme voulu éprouver les limites de la séduction au cinéma. Pour moi, ses films indiquent clairement que vouloir se passer de tout élément séducteur est un procédé stérile puisque les sentiments, l’action comme l’intellect sont tous constitutifs du processus de séduction au service de l’Idée. Une petite parenthèse : on pourrait d’ailleurs reprocher à Côté de mettre beaucoup plus d’efforts à séduire «en dehors» que «dans» ses films. Le problème, c’est que la plupart des gens s’intéressent au film lui-même et non à ce que le réalisateur a à en dire.

Un film ne peut donc se contenter d’être «contemplatif» de l’intérieur car l’essence n’est pas dans l’œuvre, mais dans le point de vue. Lorsqu’un spectateur affirme : «j’entends le vent dans les feuilles, ça me fait décrocher et ça me suffit, vive le vide», c’est nier l’essence de l’art, c’est saborder l’acte de création dans sa nécessité. Cela ne suffit pas de regarder une belle image, elle doit nous porter à percer plus avant en tendant au moins vers le sublime si elle ne l’atteint pas.

«Si une image, regardée à part, exprime nettement quelque chose, si elle comporte une interprétation, elle ne se transformera pas au contact d’autres images. Les autres images n’auront aucun pouvoir sur elle, et elle n’aura aucun pouvoir sur les autres images. Ni action, ni réaction. Elle est définitive et inutilisable dans le système du cinématographe. (Un système ne règle pas tout. Il est une amorce à quelques chose.)» (Notes sur le cinématographe p. 23)

«Pas de la belle photo, pas de belles images, mais des images, de la photo nécessaires.» (Notes sur le cinématographe, p.92)

Ceci dit, il est évident que Les Notes de Bresson n’est pas un ensemble de commandements auxquels tout cinéaste devrait se conformer. Bresson avait élaboré un langage idéal qui se distinguerait des codes de la peinture, de la photographie et du théâtre, cherchant toujours à mettre en valeur l’essence unique du cinéma pour en maximiser la puissance. On pourrait cependant dresser une liste de chefs-d’œuvre qui démontreraient que les règles établies par Bresson ne sont pas indispensables à tout système. Si on s’y intéresse ici, c’est qu’elles semblent pouvoir expliquer le plus grand ratage de Côté, celui de la puissance.

Un certain nombre de belles images qui vivent pour elles-mêmes n’empêchent pas de facto la réussite d’un film. Dans le cas de Côté, nous l’avons vu, l’image-pulsion et l’absence d’idée maîtresse forte accentuent cet effet de cloisonnement de belles images orphelines. Certains s’émerveillent devant la dilatation du temps, de ce qu’un auteur «ose» faire durer longtemps un plan-séquence où il ne se passe rien en apparence. Cette dilatation ne suffit pas en elle-même et c’est là un problème. Les scènes de Elle veut le chaos prolongent l’instant plutôt que de l’élever en puissance, ratant ainsi le «saut qualitatif». Car comme disait Deleuze : «dans ce saut qualitatif il y a toujours élévation de l’instant à une série de puissances supérieures». Cette notion de puissance, je la ramènerais chez Bresson et Bazin.

«Images. Reflet et réflecteur, accumulateur et conducteur.» (Notes sur le cinématographe, p.92)

André Bazin écrivait en 1951 dans l’article Le «Journal d’un curé de campagne» et la stylistique de Robert Bresson : «Car ce n’est pas tant une résonance que l’esprit perçoit qu’un décalage comme celui d’une couleur non superposée au dessin. Et c’est dans la frange que l’événement libère sa signification. C’est parce que le film est tout entier construit sur ce rapport que l’image atteint, surtout vers la fin, à une telle puissance émotionnelle [alors que le film de Côté s’achève dans la vacuité émotionnelle].

On chercherait en vain les principes de sa déchirante beauté dans son seul contenu explicite. Je crois qu’il existe peu de films dont les photographies séparées soient plus décevantes; leur absence fréquente de composition plastique, l’expression guindée et statique des personnages, trahissent absolument leur valeur dans le déroulement du film. Ce n’est pourtant pas au montage qu’elles doivent cet incroyable supplément d’efficacité.

La valeur de l’image ne procède guère de ce qui la précède et la suit. Elle accumule plutôt une énergie statique, comme les lames parallèles d’un condensateur. À partir d’elle, et par rapport à la bande sonore, s’organisent des différences de potentiel esthétique dont la tension devient insoutenable. Ainsi le rapport de l’image et du texte progresse-t-il vers la fin au bénéfice de ce dernier, et c’est très naturellement sous l’exigence d’une impérieuse logique que, dans les dernières secondes, l’image se retire de l’écran. Au point où en est arrivé Bresson l’image ne peut en dire davantage qu’en disparaissant. Le spectateur a été progressivement amené à cette nuit des sens dont la seule expression possible est la lumière sur l’écran blanc».

Dans le film de Côté, chaque scène, même chaque plan, tend à se vider de toute charge. Les «lames parallèles» du condensateur (par exemple la présence d’ellipses, ce que les spectateurs impressionnables voient tout de suite comme une marque d’intensité) ne sont pas liées entre elles, bref, le courant ne passe pas et l’ennui s’installe. Cette absence d’effet du condensateur, vous le sentez très bien quand les morts successives des personnages vous laissent complètement insensibles.

Un des films-condensateurs les plus puissants qu’on ait jamais réalisés est The Tree of Wooden Clogs d’Ermanno Olmi. Imaginez, un film de 3 heures et 6 minutes qui réussit à fixer notre attention à partir de rien : des scènes de la vie quotidienne dans une ferme italienne. «De rien», c’est ce que nous pensons jusqu’à ce que le film nous éclate au visage vers la fin tant il a accumulé, condensé au maximum la puissance qui se décharge d’un coup. Pour continuer dans le thème de l’électricité, si le courant ne passe pas chez Côté, c’est qu’il y a trop de résistance de sa part. Il veut tellement se distinguer du cinéma dominant et des autres cinéastes indépendants, il a tellement peur de commettre un sacrilège en nous «divertissant» un tant soit peu qu’il pose une série de résistances où se perd le courant.

Si Haneke nous fait monter dans plusieurs manèges dans Funny Games, Côté, lui, nous fait monter puis redescendre aussitôt avant même que le manège ne se mette en marche. Haneke nous donne une claque au visage avant de nous séduire de nouveau, Côté nous donne une claque au visage avant de nous en donner une autre. Par exemple, dans Nos vies privées, après un demi-film insupportable, la scène étrange tournée dans la «cour à scrap» de Colmor nous donne un avant-goût de ce que Côté ne nous donnera pas. La même chose se produit dans Elle veut le chaos quand en pleine nuit le père de Coralie voit la main effrayante d’Hélène s’agripper à son cadre de fenêtre. Encore une fois, à quoi sert cette scène dans le film? Serait-ce simplement une manière de nous signifier qu’il possède le talent pour réaliser un film plus captivant?

Par souci de bonne conscience, je ne peux laisser l’impression que Elle veut le chaos n’est porteur que de l’Idée du «contre». Revenons au chapitre 8 de Deleuze : «Un monde originaire n’est pas un espace quelconque (bien qu’il puisse y ressembler), parce qu’il n’apparaît qu’au fond des milieux déterminés; mais ce n’est pas davantage un milieu déterminé, lequel dérive seulement du monde originaire.» Ce monde originaire, ce serait le Québec d’antan, celui du milieu rural. On peut reconnaître une première dérive en la génération des baby-boomers. Ceux-ci ont encore un pied dans le passé même s’ils ont tout fait pour s’en débarrasser. La belle époque de révolte et de fête est bel et bien terminée, et pourtant ils n’ont pas réussi à construire quelque chose d’entièrement neuf et de solide pour leurs jeunes. Ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes et, pire encore, ils sont à couteaux tirés dans un monde marécageux. Sans idéal quelconque, la jeune génération erre dans un monde statique et fermé; seule Coralie résiste sans résister. L’Idée du film – la possible nouvelle naissance - se rapporte donc à Coralie. Comment réagir dans un monde auquel vous tenez mais qui n’a rien à vous offrir de suffisant pour vous construire une identité? Par la fuite, la confrontation ou la résignation? Est-ce un constat socio-politique, culturel ou artistique? Difficile à dire. Ce constat est tellement terrible que nous n'osons même pas imaginer à quoi il se rapporte et dans quelle mesure il correspond au point de vue de son auteur. En réalité, s’il est terrible à ce point, c’est que Côté est tombé dans un autre piège de l’image-pulsion. Terminons sur ce point.

Revenons donc à Deleuze pour comprendre comment se définit et se situe l’image-pulsion par rapport au naturalisme, au réalisme et au surréalisme, mais surtout pour comprendre ce qui enchaîne Côté au négatif. «Ce sont des bêtes humaines. Et la pulsion n’est rien d’autre : c’est l’énergie qui s’empare de morceaux dans le monde originaire. Pulsions et morceaux sont strictement corrélatifs. Certes, les pulsions ne manquent pas d’intelligence : elles ont même une intelligence diabolique qui fait que chacune choisit sa partie, attend son moment, suspend son geste, et emprunte les ébauches de forme sous lesquelles elle pourra le mieux accomplir son acte. Et le monde originaire ne manque pas non plus d’une loi qui lui donne consistance. C’est d’abord le monde d’Empédocle, fait d’ébauches et de morceaux, têtes sans cou, yeux sans front, bras sans épaules, gestes sans forme. Mais c’est aussi l’ensemble qui réunit tout, non pas dans une organisation, mais fait converger toutes les parties dans un immense champ d’ordures ou dans un marais, et toutes les pulsions dans une grande pulsion de mort. Le monde originaire est donc à la fois commencement radical et fin absolue; et, enfin, il lie l’un à l’autre, il met l’un dans l’autre, suivant une loi qui est celle de la plus grande pente. Ainsi, c’est un monde d’une violence très spéciale (à certains égards, c’est le mal radical); mais il a le mérite de faire surgir une image originaire du temps, avec le début, la fin et la pente, toute la cruauté de Chronos.

C’est le naturalisme. Il ne s’oppose pas au réalisme, mais au contraire il en accentue les traits en les prolongeant dans un surréalisme particulier.»

«Et c’est sans doute une des grandeurs du naturalisme au cinéma, de s’être si bien approché d’une image-temps. Ce qui l’empêchait pourtant d’atteindre au temps pour lui-même, comme forme pure, c’était l’obligation où il était de le maintenir subordonné aux coordonnées naturalistes, de le faire dépendre de la pulsion. Dès lors, le naturalisme ne pouvait saisir du temps que des effets négatifs, usure, dégradation, déperdition, destruction, perte ou simplement oubli. (Nous verrons que, quand le cinéma affrontera directement la forme du temps, il ne pourra en construire l’image qu’en rompant avec le souci naturaliste du monde originaire et des pulsions).»

Sur cette grande pente, la grande pulsion de mort emporte presque tout sur son passage dans Elle veut le chaos. À la fin du film, il ne reste que Coralie, un rein en moins, claudiquant vers un avenir incertain. Terrible constat, les pulsions arrachent tous les morceaux sur leur passage, frôlant l’anéantissement. Le long cycle douloureux risque de basculer en descente aux enfers. Sur l’arête au bord du gouffre sulfureux, perdrons-nous l’équilibre?

La question angoissante de notre monde actuel se résume à ceci : «sommes-nous engagés dans une grande descente finale ou dans un cycle régénérateur?» Or, même si elle se pose également à un Mexicain, un Sud-américain, un Indien ou un Sud-africain noir, on les verrait très mal réaliser un film comme Elle veut le Chaos ou Carcasses. Alors pourquoi au Québec? On pourrait par exemple souligner à quel point le cinéma des jeunes québécois est peu engagé et juste assez nombriliste. C’est comme si les enjeux de la société actuelle ne les interpellaient pas. Dans les années 60 et 70 c’était la révolution sous toutes ses formes, aujourd’hui ce n’est plus qu’une vague crise identitaire sur tous les plans (cinéma, culture, économie, classes, religion, etc.). C’est même ce qui ressort de L’Âge des ténèbres de Denys Arcand, une sorte de pessimisme presque fataliste devant la dégradation. Notre façon d’aborder la question de la pente et du cycle serait-elle le symptôme d’une société saturée de confort et d’indifférence? Faudra t-il un nouveau mai 68 pour sortir de ce marasme? Faudra-t-il un référendum gagnant, une nouvelle religion, un crash boursier définitif ou une révolution pour sortir du cinéma d’esthète et en arriver à quelque chose de puissant et de nouveau?

23 commentaires:

Anonyme a dit...
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André G. a dit...

En parlant de Denis Côté, il me semble important d'examiner séparément deux choses bien distinctes: d'un côté, la démarche du cinéaste, c'est-à-dire sa volonté de tourner à tout prix, avec les moyens du bord, des films défiant clairement les conventions du cinéma dominant (une volonté incontestablement admirable et digne d'encouragement); de l'autre, le résultat de cette démarche, c'est-à-dire les films proprement dits, des films qui me semblent généralement basés sur des parti-pris artificiels, un peu stériles et souvent ennuyants, que très peu de gens analysent ou débattent sérieusement (même si leur auteur offre constamment à la presse des pistes d'analyse et en parle en termes de "provocation").
Si la démarche du cinéaste force mon admiration, ses films, en revanche, remportent rarement mon adhésion. Or, j'ai souvent l'impression, en lisant les papiers sur Côté et ses films, que l'admiration que les gens éprouvent pour sa démarche (dont ils parlent généralement avec enthousiasme et conviction) biaise complètement leur appréciation des films (qu'ils défendent souvent mal et sans grande conviction). Comme si l'adhésion de principe que nous avons tous pour une démarche aussi radicale les empêchaient de voir (ou d'admettre) les limites - pourtant bien évidentes - des films proprement dits. Comme s'ils avaient peur, aussi, de passer pour des ennemis de la "cause" en émettant la moindre réserve sur Côté et ses films. D'où l'étrange "consensus" qui entoure ce cinéma de la "provocation", que personne - sauf toi et quelques autres, trop rares à mon avis - ose interpeller et remettre en question. Et c'est dommage, car ce mutisme forcé, volontaire, délibéré est non seulement l'ennemi de la "provocation" que le cinéaste dit vouloir créer, il est aussi l'ennemi du cinéma que prétend défendre Côté.

Marco a dit...

Texte touffu et passionnant, qui met bien relief les paradoxes d'un cinéma dont la "séduction" repose précisément sur le refus affiché (et très publicisé) de séduire. Car comme ton texte le fait bien valoir, la direction photo d'"Elle veut le chaos" (digne d'une pub de Calvin Klein), comme le service après-vente de Côté (assuré à grands coups d'opérations publicitaires comme celle-ci: http://www.daylife.com/photo/04gS2HE3YZes7) tombe allégrement dans la facilité, les clichés et les compromis contre lesquels le cinéaste prétend lutter. Se réclamer de Bresson, de Tsaï ming-liang et de Belà Tarr est une chose; aller faire le clown en montrant à la presse ses tatouages à Locarno (comme les starlettes d'antan montraient leur seins aux photographes de Cannes) en est une autre. Certains diront évidemment que cela n'a rien à voir avec l'oeuvre (qui ne s'illustre, de toute façon, que par sa seule volonté de frustrer TOUTES les attentes... sans toutefois rien apporter ou offrir de neuf - à part justement ce refus adolescent de tout et de rien). Mais cette volonté de faire parler de soi à tout prix, comme celle de fournir le pense-bête de ses intentions aux journalistes, ou de faire de soi un personnage propre à attirer l'attention sur ses films, témoigne d'une volonté de compromission publicitaire et de séduction médiatique qui va complètement à l'encontre des principes que prétend épouser le cinéaste (imaginez un peu ce qu'on dirait de Bernard Émond ou de Rodrigue Jean s'ils essayaient d'attirer l'attention sur leurs films en se prêtant à des "stunts" publicitaires aussi vulgaires et crasses). Mais il faut croire qu'il y en a qui sont prêts à tous les compromis (pour la presse) même lorsqu'ils vantent leur refus de frustrer les attentes (des spectateurs). Incidemment, comment se fait-il que personne n'ait osé commenter la présence de Côté sur le jury de cet événement archi-putassier qu'est le Festival Juste pour Rire? Pour quelqu'un qui ne cesse de parler de ses propositions pointues, de sa rigueur et de son exigence, qui se plaît à répéter à droite et à gauche qu'il a "choisi le chemin le plus difficile", cette participation au festival le plus consensuel, le plus débile et le plus sur-médiatisé au Québec peut sembler pour le moins incohérente, non?

Antoine a dit...

Merci des commentaires, je vois qu'on partage le même point de vue.

"Comment se fait-il que personne n'ait osé commenter la présence de Côté sur le jury de cet événement archi-putassier qu'est le Festival Juste pour Rire?"

Je l'ai aussi remarqué et je me posais la question, mais quel intérêt y aurait-il à systématiquement surveiller et relever sur Internet les moindres faits et gestes de Côté? Peut-être que ça pourra servir d'exemple dans un cadre plus large sinon ce serait de l'ordre de l'obsession. J'aurais par exemple pu le faire dans ce billet, mais je me concentrais davantage sur le film et non sur l'homme comme vous avez pu le constater.

Bernard Godrèche a dit...

Que vous ayiez privilégié les films et non le discours et la présence de leur auteur dans les médias fait en sorte que vos deux « tronçons de tunnel » comblent une lacune importante dans l’horizon de la critique québécoise. Je pense qu’ils se seraient mérité une tribune plus importante que celle qui peut s’obtenir à partir d’un blogue. Tâcher de dépister, même si c’est en vain, quelque chose qui procèderait d’une quelconque pensée du cinéma dans des films qui en sont dépourvus est une tâche redoutable qui a dû en décourager plusieurs avant vous. Je soupçonne que ces derniers se sont alors rabattus sur ce que vous avez tout de même observé « entre parenthèses » : qu’on « pourrait d’ailleurs reprocher à Côté de mettre beaucoup plus d’efforts à séduire «en dehors» que «dans» ses films.» Ce qui est vrai.

Mais vous ajoutez ensuite: « Le problème, c’est que la plupart des gens s’intéressent au film lui-même et non à ce que le réalisateur a à en dire.» Je me dois d’émettre des doute sur celle-là. Elle contredit la définition que vous donnez du « snobisme » : « Quand on méprise ou qu’on encense une œuvre à outrance «sans discernement et sans besoin profond», quel est le but sinon de montrer à quel «camp» on appartient?». Le spectateur qui va voir « De Père en Flic » parce qu’il fracasse des records au B.O. s’intéresse peut-être au film, mais il aime aussi faire partie de la « masse » qui a déjà acheté le produit, comme une piscine dans une cour de banlieue ou la dernière souffleuse. Le souçi du « paraître » opère chez le public autant de ce côté-là que celui qui confine à l’élitisme intellectuel (aimer les films coréens parce que c’est la mode, etc.)

J’en prends à témoin cet autre phénomène dont vous n’avez pas encombré vos essais (pour qu’ils s’en tiennent aux films), et c’est l’hallucinant bagage référentiel que la critique déploie pour « saisir » la démarche de Côté. Kadinsky, Herzog, nouvelle vague, Pollock, Bresson, tout y passe. Comme si, devant l’évidence insupportable du vide, il fallait à tout prix le combler en sollicitant une culture réduite au seul jeu du « name-dropping » (qui touche ici des hauteurs délirantes qui valent bien dans leur genre les débordements de la foire d’empoigne d’ATC).

Observé en aval, la question de la réception des films n’alimente peut-être pas la critique d’une soi-disant démarche et ses résultats. Mais elle ouvre sur un portrait fascinant — à la manière d’un test de Rorshach — d’une critique en sérieux déficit de crédibilité, donnant à voir, mieux qu’ailleurs avec les films de Côté, à quel point elle est en manque de repères et en perte de référents.
En amont, il y a aussi les déclarations publiques et le positionnement de l’œuvre par l’intéressé, dont la foire d’empoigne chez ATC a livré un répertoire qui, si c’était la seule chose qu’il fallait en retenir, est déjà accablant, et que Falardeau a très bien saisi en parlant de terrorisme intellectuel. Je vous cite la meilleure : « Avec un seul vrai film à Cannes, si les institutions ne sont pas capables de me donner un feu vert pour le prochain, on a un vrai problème dans notre système ».

Je suis peut-être obsédé (le cinéma n’est-il pas une obsession de toutes manières? – ne vous cachez pas, Antoine : comme « cinéphile en quête », vous en êtes un autre). Mais je suis trrrès impatient de savoir si notre système a autant de problèmes que ça. Je me fie ici au jugement transparent du « Côté critique », lequel apprécie sans doute et en toute impartialité chez le « Côté cinéaste » l’un des auteurs les plus importants que le jeune cinéma québécois ait connu (institutions, prenez note et surtout, prenez gare) pour savoir à l’aune de quoi la réponse, limpide, nous sera donnée bientôt. Mais sincèrement, mon cœur me dit déjà (je suis un optimiste) qu’il n’y en a pas, de problème.

Marco a dit...

Tu as certainement raison, Antoine, de te concentrer sur l'oeuvre et non sur le personnage, car c'est clairement l'approche la plus inattaquable pour aborder un phénomène qu'on ne peut discuter sans risquer d'être attaqué. Et je t'admire d'autant plus, que je n'ai ni l'envie, ni la patience nécessaires pour essayer de trouver quelque chose (un sens, une vision, une créativité quelconque...) à des films qui me semblent aussi spectaculairement vides, prétentieux et ennuyants que ceux de Denis Côté.
Mais voilà: il me semble justement qu'on ne parlerait plus de ses oeuvres depuis longtemps, si le PERSONNAGE que l'auteur s'est fabriqué, ses apparitions médiatiques et son autopromotion constante, ne venaient régulièrement ramener dans les conversations des films qui en seraient autrement disparus depuis belle lurette. Car ce ne sont pas ses oeuvres, leur pouvoir d'envoûtement, leur sens caché ou leur intérêt réel qui font que Côté revient toujours dans les discussions, mais plutôt sa présence régulière en festivals (conséquence du réseautage que l'on sait), son rythme de production frénétique (il faut au moins lui reconnaître ça) et l'autopromotion constante à laquelle il s'adonne depuis ses débuts, se dépeignant - souvent avec l'appui de ses successeurs ou collègues - comme un critique hors pair (ce qu'il n'a jamais été...), comme un auteur de "propositions pointues" (c'est lui qui le dit et le répète partout), injustement boudées au Québec, mais duement encensées à l'étranger (mais toujours par les trois mêmes: Olivier Père, Frédéric Maire et le Saint-Esprit du regretté - ha! - Frodon), puis, finalement, comme un cinéaste maudit, injustement boycotté par le système (même si les institutions, via la SODEC et Téléfilm, investissent, depuis quatre ans, plus d'argent dans ses films que dans ceux de Pierre Falardeau, Robert Lepage et Robert Morin RÉUNIS!).
Alors, oui, tu as raison, Antoine, il faut parler de l'oeuvre, c'est évident... Mais je serais tenté d'ajouter que ce passage obligé est un mal nécesaire (pour Côté comme pour la critique, d'ailleurs). Car pour moi, l'essentiel n'est pas dans ce cinéma d'un vide abyssal (qui ne mérite littéralement pas le centième de l'espace qu'on lui consacre), mais dans tout ce que son auteur a construit autour (et que le système, des institutions aux chroniqueurs culturels, avale sans trop savoir quoi dire, la reconnaissance festivalière jouant ici le rôle d'un seing royal, auquel seul le public semble heureusement indifférent).
Car si Côté n'est pas un cinéaste important, il est - par contre - un cinéaste emblématique et révélateur des dysfonctionnements culturels de son époque: un cinéaste qui a parfaitement compris le fonctionnement médiatique, institutionnel et festivalier actuel (ça aide, un parcours de critique...) et qui a habilement manipulé ce système pour faire des films dont... personne ne parlerait autrement.
Je te félicite donc encore, Antoine, pour ce texte remarquablement rigoureux, riche, courageux et intelligent sur un film qui manque tout aussi remarquablement des mêmes qualités. Mais pour moi, l'essentiel reste ailleurs: du côté des tatouages offerts en pature aux photographes de Locarno, et de la visibilité médiatique (et des contacts) favorisés par sa participation au jury du Festival Juste Pourri. Car Denis Côté fait visiblement partie de ces cinéastes pour qui le cinéma se fait surtout DERRIÈRE les caméras. Et il n'y a aucun doute que le spectacle qu'il donne en coulisses est beaucoup plus intéressant que celui qu'il offre à l'écran...

shadowremover237 a dit...

L'âge des ténèbres?
C'est drôle que tu en parles, car j'y pensais en voyant Carcasses. Arcand a son Stade Olympique, Côté a sa cour à scrap. Mais d'un côté comme de l'autre, il y a le même constat d'une humanité en ruines, se débattant mollement pour s'approprier les restes de la génération précédente. Malgré tous ses défauts, j'ai envie de revoir le film d'Arcand, alors que je n'ai pas envie de revoir celui de Côté. Car le refus de tout a ses limites s'il ne s'accompagne pas d'une transcendence quelquonque, de ce je-ne-sais-quoi de brillance - jadis, on aurait appelé ça de l'art - qui fait que le pessimisme peut être éblouissant, le vide supportable et l'apocalypse porteuse d'espoir. Alors que dans Carcasses, il n'y a qu'un refus qui se donne à voir, et qui tourne en rond aussi assurément que les vieux 33 tours de Monsieur Colmort (un nom prédestiné s'il en est un!). "It gets darker before the dawn", disait le poète. Espérons qu'il avait raison.

Guy-L. C. a dit...

À ajouter à l'inventaire de la machine médiatique pro-Côté amorcé par Marco: le nouveau rapport annuel de la Cinémathèque québécoise, ou l'on trouve DEUX grandes photos des "États nordiques" à côté, entre autres, du "Lola" de Demy (une photo), du "Roly Poly" de Wajda et du "Parrain" de Coppola (une seule photo là aussi, et mal identifiée par dessus le marché, puisqu'il s'agit en fait du "Parrain Deuxième partie"). On peut y lire que l'homme qui vient d'avoir plus de 800 000$ de l'argent de nos taxes (Téléfilm + SODEC, sans compter les crédits d'impôts) "fait encore figure de mouton noir dans notre système de production", et que le clown-juré du festival Juste pour Rire (qu'on vient de voir poser torse nu, comme les starlettes cannoises de jadis, pour les photographes de Locarno) est un "créateur intègre". Faut dire que le directeur de la Cinémathèque québécoise (qui vient de lui consacrer DEUX rétrospectives et une "Carte blanche") était récemment au Festival de Tuebingen avec "Monsieur Pointu" lui-même, où il a animé une table ronde sur le cinéma québécois (quelle perspective terrifiante!). Et quand on sait que "Borderline" y a remporté le prix du public, on comprend mieux que notre "mouton noir " en soit revenu en disant (avec toute l'"intégrité" qu'on lui connait) tout le mal qu'il pensait du film de Lyne Charlebois sur le blog de sa vieille amie, Helen ("un-jour-j'critique-comme-critique, un jour-j'plogue-comme-plogueuse") Faradji. Pas étonnant non plus que le système qui a banni, exilé et réduit au silence des gens comme Gilles Groulx, Claude Jutra et Pierre Falardeau, ait trouvé en cet auteur de propositions "pointues" mais creuses un intriguant à son image, propre à lui permettre d'aller manger des crevettes à Cannes ou à Locarno, l'an prochain. Pauvre cinéma, pauvre Québec, pauvre cinéma québécois...

Antoine a dit...

Oui je suis aussi obsédé par le cinéma en général et aussi un peu par Côté - il fait un film par année alors comment ne le serait-on pas.

Ma référence à l’obsession concernait ce qui s'est produit sur le blogue de Helen avec les mêmes pseudonymes et le même discours. Je tentais de prévoir le coup et je m'aperçois que c'était justifié.

En supposant que vous ayez raison, que Côté soit un cas particulier qui illustre à merveille la mollesse de la critique et les défauts du système, même en le sacrant emblème du pire de notre cinéma actuel, il reste qu'il n'est pas le seul, non? Pourquoi ne pas élargir la réflexion en l'agrémentant d'autres exemples? Oui le sujet de mon billet était le film de Côté, mais de votre côté érudits cinéphiles, tant qu’à étendre le sujet, en plus de parler de Denis et ses amis, pourquoi ne pas aussi citer Dolan et ses amis, Ken Scott et ses amis ou je ne sais quelle autre personne, institution ou phénomène?

Jason B a dit...

Merci Antoine d'avoir fait ce que pratiquement personne ne veut faire depuis un bout : parler de cinéma. Pas d'image de marque, pas de bebelles connexes, mais de cinéma dans un cadre, avec des images et du son et du montage.

Si la critique est molle, la critique de la critique cinématographique et de Côté s'est faite à la manière d'un étrange alignement des planètes. Vous étiez où l'an passé? On peut retourner l'argument contre vous : vous pensez par vous-même où vous êtes les moutons d'un contre-courant de masse?

Curiosité d'un gars de Québec : c'est quoi le problème avec Juste pour rire?

Antoine a dit...

Si ce n'est pas de l'ironie, dans la mesure où le texte t'a plu, je ne vois pas comment la question du mouton se pose.

Je peux tout de même te donner une réponse qui pourrait satisfaire ta curiosité. Tout d'abord, quand j'ai publié la première partie de mon billet, il ne se passait à peu près rien sinon les textes de Roy et Loiselle que j'ai cités. Entre mes deux parties de billets, c'est Carcasses et le passage à Cannes de Dolan et Côté qui a animé les conversations.

Pourquoi pas l'année dernière? Parce que je ne suis pas allé à Montréal pour voir Elle veut le chaos. Il a toutefois passé au cinéclub fin février dans la région http://www.cinemasparalleles.qc.ca/article.php3?id_article=103 (preuve à l'appui). Ensuite j'ai cru bon de publier une première partie d'un billet qui se faisait de plus en plus long (début avril). Finalement, j'ai attendu la sortie DVD en juillet pour vérifier quelques trucs avant la publication de la deuxième partie du billet.

Un des avantages du blogue est de publier sur le sujet de notre choix quand on veut et dans la forme qui nous amuse. Je n'entends pas m'en passer.

Pseudo-ci, pseudo-ça, cache-cache a dit...

Beaucoup de haine.
Beaucoup d'énergie.
Beaucoup de frustration.
Beaucoup de... jalousie?
Franchement, les gars.

Antoine a dit...

Svp, mets pas d'huile sur ton propre feu. On va pas relancer le «débat» sur le pseudonyme, personne n'a remis ça en cause.

Anonyme a dit...

J'aimerais ouvrir une trève de ces enfantillages pour dire que je suis bien d'accord avec toi, Jason!

C'est vrai que SI la critique est molle, la critique de la critique cinématographique s'est faite à la manière d'un étrange alignement des planètes. Je te saisis à cent pour cent là-dessus. Mais à ta place, j'en profiterais: un alignement planétaire, c'est assez beau à voir, et ça n'arrive pas souvent, alors que la critique, elle, paraît chaque semaine.

Mais parlons de cinéma un peu... C'est vrai que ça fait longtemps et je commence à avoir le goût. Par exemple: je préfère, pour ma part, les plans moyens aux gros, et toi?

Il y a des jours, aussi, où j'entre dans un cinéma la tête vidée, et j'en ressors la tête pleine. Il y en a d'autres où j'entre dans la salle la tête pleine, et j'en ressors la tête vidée. À d'autres occasions encore, j'entre la tête vidée et je sors la tête vidée. D'après vous, laquelle des trois esthétiques est la meilleure? LOL!

Passe-temps: répétez trois fois le nom "Wasseratchok Achipatakuhl" dix fois sans rire.

Pour finir, une autre question: cette section "commentaires" commence par un commentaire supprimé par un administrateur du blogue. D'après vous, ce commentaire était-il:

a) une tête de cheval dans les draps de lit du Stalker, avec les compliments de NihilProductions?

b) une analyse comparée de 20 feuillets entre "Carcasses" et "Transformers II" (tôle par-ci, tôle par-là: vide ici, vide là-bas), étayé par les citations appropriées de Deleuze, Bresson et une touche de Bazin?

c)une unennneee... euh... me rappelle pus... une... nn nnn zzz zzz z z zz zz zzzzzzzz z zz rrrr.... zzzzz.... rrrrrr... ZZZZZZZZZ....

Pseudo-ci, pseudo-ça, cache-cache a dit...

Quel feu? De quoi on parle ici au juste?

Mais ok, Stalker, c'est TON blog,
alors on t'écoute. c'est toi qui décide.

C'est un beau cercle que vous formez.

marc.antoine.poirier@gmail.com a dit...

Antoine, réalises-tu que tu as passé près de 7,000 mots, quatre mois de travail, d'innombrables heures de relecture des oeuvres de Deleuze et Bazin pour dire essentiellement ce que le petit dessin que tu avais placé au début de ton premier texte disait si éloquemment ("It stinks!")?
Blague à part, j'admire sincèrement le temps, l'effort et la bonne foi que tu as mis dans l'écriture de cette analyse substantielle (et ironiquement - ou peut-être pas - il aura fallu un "contre" pour l'écrire), mais elle me semble faire la preuve par quatre que l'essentiel du cinéma de Côté ne se trouve pas sur l'écran. Et il me semble tout aussi évident que si Côté ne tournait pas aussi souvent, que s'il n'intriguait pas aussi fort pour aller dans les festivals et que s'il n'occupait pas aussi systématiquement - et bruyamment - l'espace médiatique qui nous entoure, on ne parlerait pas plus d'"Elle veut le chaos" aujourd'hui, que nous parlons d'"En plein coeur", de "Toi", de "Derrière moi" ou des dizaines d'autres films indépendants - ni meilleurs, ni pires -, qui sont sortis sur nos écrans en coup de vent au cours des dernières années.
Tu dis pourtant qu'il faudrait "élargir" le débat pour parler de "Dolan et de ses amis" ou de Ken Scott et des siens. Mais je ne comprends pas pourquoi, car je ne les vois pas (pas plus eux que bien des gens que je n'aime pas, comme Denise Robert, Richard Goudreau et tant d'autres...) faire ce que l'on reproche à Côté: c'est-à-dire, jouer les enfants martyrs alors que les institutions le soutiennent constamment; faire sans relâche l'autocritique et l'autopromo de ses films, en se prêtant avec enthousiasme à toutes les bassesses (à Juste pour Rire ou aux photocalls de Locarno); hanter les blogs de ses amis pour dire inlassablement du mal des films des autres, ou encore s'attaquer à ceux qui ont eu le malheur de questionner son "cinéma de la provocation" (comme quoi cette provocation demeure chez lui virtuelle, et que toute discussion ou débat demeure impossible)... .
Alors, oui pour l'analyse (même si tu es le premier à constater - avec 7,000 mots à l'appui - qu'elle se déploie autour d'un vide incommensurable). Mais ne faisons pas semblant que le personnage créée par Côté est étranger à l'attention qui entoure ses films (surtout que je pense que ce personnage et ses manipulations sont de loin sa plus grande création). Car à trop vouloir analyser des "oeuvres" qui n'en méritent pas tant, on risque de donner l'impression qu'il y a du cinéma où il n'y en a guère. Ce qui est non seulement le but recherché par Côté, mais aussi une insulte à ceux qui résistent vraiment, en offrant - en toute modestie, loin du tapage médiatique et en laissant les spectateurs échanger en silence avec leurs images - des propositions VRAIMENT audacieuses, fortes et originales: les jeunes d'"À l'ouest de Pluton", Rodrigue Jean, Bernard Émond et quelques autres, infiniment plus dignes d'une analyse substantielle de leurs oeuvres que celui qui s'en va cracher sur leur cinéma à Cannes, Locarno et Tübingen...
Respectueusement,
Marc-Antoine

Jason B a dit...

Tu génères les commentaires, tu n'es pas un mouton. Je déplore ceux de l'ordre du :

- Côté, c'est une pute des médias.
- Morin, Lepage et Falardeau n'ont pas de budget pour faire des films à cause de lui.
- C'était même pas un bon critique.
- Groulx, Jutra et de Falardeau ont été réduits au silence, pas lui, c'est pas juste.
- Il est sur le jury de Juste pour rire, wtf?
- Si on chiale, c'est parce qu'on est des p.a.s.s.i.o.n.n.é.s. de cinéma (ceux qui aiment ça n'aiment pas le cinéma et sont des menteurs).

Pourquoi parleraient-ils d'autres cinéastes québécois? Parce que Côté à lui seul représenterait le mal cinématographique ultime. Il représente tout ce qui est croche dans notre système. C'est de sa faute.

L'Imprécateur a dit...

Salut Jason!

Long time no see!
Passé des bonnes vacances? Moi itou!
Alors, passons aux choses sérieuses et examinons ton dernier commentaire de plus près.

Jason B a dit...

"Je déplore les commentaires de l'ordre du :

- Côté, c'est une pute des médias (BEN OUI, DÉSOLÉ JASON, MAIS SI TU AS ENCORE DES DOUTES, VA JETER UN COUP D'OEIL LÀ DESSUS: http://www.daylife.com/photo/04gS2HE3YZes7 SI TU NE VOIS PAS LÀ UN GARS PRÊT À TOUT POUR VOIR SA GUEULE DANS LES JOURNAUX, C'EST QU'ON A VRAIMENT PAS LA MÊME DÉFINITION DE "PUTASSIER"...)

- Morin, Lepage et Falardeau n'ont pas de budget pour faire des films à cause de lui (SI CES TROIS-LÀ NE TOURNENT PAS, CE N'EST PAS LA FAUTE À CÔTÉ, DU MOINS DIRECTEMENT. MAIS QUAND CÔTÉ VA DIRE À CANNES QU'AVEC UN DE SES FILMS EN COMPÉTITION LÀ-BAS, IL Y AURAIT QUELQUE CHOSE DE CROCHE AVEC NOTRE SYSTÈME S'IL N'AVAIT PAS L'ARGENT POUR FAIRE LE PROCHAIN TOUT DE SUITE, IL SE MET HONTEUSEMENT DE L'AVANT DANS UNE COURSE À L'ASSIETTE AU BEURRE, OÙ UNE SORTE DE "GENTLEMEN'S AGREEMENT" FAIT QU'ON LAISSE LES FILMS PARLER PAR EUX MÊMES ET QU'ON NE PASSE PAS SON TEMPS À CRIER: "MOI!MOI!MOI!". ET QUAND IL AJOUTE: "JE VEUX QUE ÇA PASSE COMME DANS DU BEURRE", IL AFFICHE OUVERTEMENT SON MÉPRIS POUR CEUX QUI ATTENDENT, PATIEMMENT, EN LAISSANT LEUR TRAVAIL PARLER POUR EUX...).

C'était même pas un bon critique (ÇA, C'EST UNE AFFAIRE DE GOÛT. PERSONNELLEMENT, JE NE LE TROUVAIS PAS SI MAL QUE ÇA...).

- Groulx, Jutra et de Falardeau ont été réduits au silence, pas lui, c'est pas juste (HUM... JE NE SAIS PAS SI C'EST "JUSTE" OU NON - QU'EST-CE QUI L'EST, EN CE BAS MONDE? - MAIS JE TROUVE ÇA TRISTE, EN TOUT CAS... ET FALARDEAU AVAIT CERTAINEMENT RAISON DANS SON PAPIER, LORSQU'IL DISAIT QUE NOS INSTITUTIONS PRÉFÈRRENT DES PSEUDOS-"PROVOCATIONS" FORMELLES - SURTOUT LES SIENNES, SI MOLLES QU'ELLES NE CHOQUENT PERSONNE, PAS MÊME LES CRITIQUES DE LA SRC OU DE "LA PRESSE" - AUX PROVOCATIONS RÉELLES DE D'AUTRES, QUI SONT SOIT POUSSÉS À LA RETRAITE PRÉMATURÉE, COMME FALARDEAU; SOIT RÉDUITS À TOURNER AVEC DES "PEANUTS", COMME MORIN; SOIT CHASSÉS À FORCE D'ÊTRE ÉCOEURÉS PAR CE SYSTÈME DE MERDE - QUI PRÉFÈRE FINANCER CINQ "BOYS" + DEUX ANNÉES DES MÊMES À LA TÉLÉ, QUE, METTONS, "LA TRILOGIE DES DRAGONS"... ALORS, NON, CÔTÉ N'EST PAS RESPONSABLE DE TOUT ÇA, C'EST ÉVIDENT, MAIS DANS CE CONTEXTE DE RIVALITÉ SANS PITIÉ, IL EST CLAIR QU'IL USE ET ABUSE DE TOUTES LES MANIPULATIONS MÉDIATIQUES POSSIBLES... ET QU'IL EN PROFITE PLUS QUE TOUT AUTRE...)

(à suivre...)

L'Imprécateur a dit...

(La suite...)

- Il est sur le jury de Juste pour rire, wtf ("JUSTE POUR RIRE", POUR TON INFO, C'EST LE FESTIVAL LE PLUS CRASSEMENT NIAISEUX ET ÉPAIS AU QUÉBEC, ET QUE CÔTÉ ACCEPTE D'ALLER SIÉGER SUR LEUR JURY, C'EST A) LA PREUVE QU'IL EST PRÊT À TOUT POUR VOIR SON NOM À CÔTÉ DU MOT "FESTIVAL", ET B) COMME SI BERNARD ÉMOND ALLAIT SIÉGER SUR UN CONCOURS DU GENRE "COMBIEN DE HOT-DOGS POUVEZ-VOUS MANGER EN CINQ MINUTES?". MAINTENANT, LIBRE À TOI DE VOIR ÇA COMME UN GESTE COHÉRENT PAR RAPPORT À SA PERSONNA - CE QUI EST AUSSI MON AVIS... UN CLOWN À "JUSTE POUR RIRE", MOI, ÇA ME DÉRANGE PAS! BIEN AU CONTRAIRE: LES MASQUES TOMBENT ET "MONSIEUR RIGUEUR" APPARAÎT ALORS CLAIREMENT POUR LE CLOWN QU'IL EST...)

- Si on chiale, c'est parce qu'on est des p.a.s.s.i.o.n.n.é.s. de cinéma (ceux qui aiment ça n'aiment pas le cinéma et sont des menteurs)(C'EST TOI QUI L'A DIT, PAS MOI! CECI DIT, JE M'ÉTONNE TOUJOURS DE VOIR LE NOMBRE DE GENS - CRITIQUES, DIRECTEURS DE FESTIVALS, GARGOUILLES DE CINÉMATHÈQUE, CINÉPHILES - QUI SONT PRÊTS DIRE LE PLUS GRAND BIEN DE FILMS QU'ILS... NE REVERRONT JAMAIS! ALORS, TANT MIEUX SI TU FAIS PARTIE DE CEUX - ILS DOIVENT ÊTRE TROIS OU QUATRE - QUI SE REPASSERONT "NOS VIES PRIVÉS" OU "CARCASSES" UN SOIR, DANS TROIS OU QUATRE ANS, POUR LE SIMPLE PLAISIR DE LA CHOSE, MAIS J'AI L'IMPRESSION QUE RENDU LÀ, TU PRÉFÈRERAS TE RETAPER UN TSAÏ MING-LIANG, UN TRUFFAUT, UN GILLES GROULX OU MÊME UN JAMES BOND. N'IMPORTE QUOI, SAUF LES TRISOMIQUES PERDUS DANS LA COUR À SCRAP DE COLMOR...)

Pourquoi parleraient-ils d'autres cinéastes québécois? (BEN PARCE QUE CÔTÉ ARRÊTE PAS D'EN PARLER, C'T'AFFAIRE! PROFITANT D'UNE ENTREVUE AVEC "LE JOURNAL DE MONTRÉAL" POUR CRACHER SUR DOLAN OU D'UN BLOGUE POUR VOMIR SUR LYNE CHARLEBOIS. ALORS, À FORCE DE SE COMPARER - FAVORABLEMENT, BIEN SÛR -, AUX AUTRES, FAUT PAS S'ÉTONNER QUE D'AUTRES SE METTENT À LES COMPARER FAVORABLEMENT À LUI...). Parce que Côté à lui seul représenterait le mal cinématographique ultime (NON, BIEN SÛR, MAIS... IL EN REPRÉSENTE UN MAUDIT BON BOUTTE PAREIL... - DENISE ROBERT EN REPRÉSENTANT UN AUTRE TRRRRÈS GRAND MORCEAU... ET LA CRITIQUE, QU'ELLE S'ENDORME DANS LES MÉDIAS CONVERGEANTS OU QU'ELLE SE PRATIQUE DANS DES BLOGUES NIAIS COMME "INSÉCURITÉ NATIONALE", EN INCARNANT UN AUTRE TRRRÈS, TRRRRÈS GROS MORCEAU AUSSI...). Il représente tout ce qui est croche dans notre système, c'est de sa faute (TOUT N'EST PAS DE SA FAUTE, ÉVIDEMMENT, MAIS IL FAIT CERTAINEMENT PLUS PARTIE DU PROBLÈME QUE DE SA SOLUTION. MAIS IL NE FAUT PAS SE DÉCOURAGER: ENTRE CE QUI S'EST PASSÉ CHEZ ATC, LE TEXTE DE FALARDEAU, LE LONG - ET REMARQUABLE - ESSAI D'ANTOINE, ET PLUSIEURS AUTRES RÉFLEXIONS DIVERSES, GLANÉES ICI ET LÀ, IL ME SEMBLE QU'UN NOMBRE CROISSANT DE COMMENTATEURS EST EN TRAIN DE RÉALISER QUE LE ROI EST NU - TATOUÉ, CERTES, MAIS FLAMBANT NU. ET QUE SON RÈGNE, COMME CELUI DE TOUS LES IMPOSTEURS DE SON GENRE, TOUCHERA ÉVENTUELLEMENT À SA FIN...).

L'Imprécateur

Anonyme a dit...

CAPITAL LETTERS
la peine capitale.

Couard est celui qui profère des imprécations, des souhaits de malheur, des malédictions.

le colporteur d'inepties drôlatiques a dit...

C’est ça. Malheur à celui qui profère des imprécations à l’endroit de ceux qui se prennent publiquement pour des petites idoles (et qui s’étonnent de voir leurs piètres performances ainsi critiquées)! — Satan, je t’en conjure, fais descendre la foudre sur ce faquin! Et je t’en répondrai de moi.
Et, tant qu’à proférer des mauvais sorts, j’exorciserai le précédent en postulant que, à l’inverse de la tendance générale, les films de Côté, chez Médiafilm (anciennement l’ordre des Curés de l’excommunication audiovisuelle), seront les seuls films québécois, et peut-être les seuls de l’histoire, à voir leur cote rétrogradée au fil du temps. Ainsi, à l’inverse de « Shining » (qui est passé de 3, à 2, à 1…) et de bien d’autres, Nostradamus prédit que son œuvre, partant d’une moyenne au bâton de « 4 » (= bon), dégringolera, lentement mais sûrement, vers l’infâme « 7 » (= minable), le classant au rang des « Emmanuelle » tournés directement en vidéo par Valerian Borowczyck, et, dans un club un peu plus select, parmi ces immortels psychotroniques que sont les films de… Ed Wood!!! Mais, consolons-nous, même chez lui on a fini par reconnaître la dignité d’un « auteur », méritant une forme certaine de postérité…
Et qui est le crétin qui croit qu’on doit s’identifier pour critiquer librement ce qui demeure (par choix) une figure publique??? Quand on court autant la célébrité, on doit aussi payer le prix pour…
Capital lettrers, peine capitale : c’est vrai qu’en voyant tout ça, j’ai vraiment de la peine!!!

Simon B. a dit...

Des infos qui calmeront peut-être le ton des échanges...
Selon l'Observatoire de la culture et des communications, Nos vies privées a attiré, durant toute sa carrière en salle, un grand total de 64 spectateurs; Elle veut le chaos, pendant l'entièreté de son parcours sur les écrans, a ramassé quelques 569 spectateurs; et Carcasses a receuilli (en date du 31 mai 2009) tout juste 231 spectateurs.
En supposant que Carcasses ait doublé, ou même triplé, ce chiffre durant le reste de sa carrière, ça reste quand même très peu, surtout pour un film dont l'auteur est allé à Tout le monde en parle et a bénéficié du tremplin de Cannes (et de la couverture de presse qui l'accompagne). Et c'est très peu, non seulement dans le contexte du cinéma québécois, mais même par rapport aux attentes réduites qui accompagnent un "petit film d'auteur indépendant". À titre de comparaison, Yellowknife a attiré 5,796 spectateurs; Jimmywork, 1,115 spectateurs; et Derrière moi, 1,046 spectateurs. Sans parler de J'ai tué ma mère et de ses 70,000 spectateurs...
Alors je ne sais pas si Côté "manipule" la presse aussi habilement que certains de vos commentateurs le disent, mais ce qui me semble évident (peu importe ce qu'on pense de Côté et de ses films), c'est que le public ne suit pas.
Ça n'enlève ou n'ajoute évidemment rien à la valeur de ses oeuvres, qu'on les aime ou pas, mais ça veut clairement dire que Denis Côté reste une figure extrêmement marginale, tant pour le public que pour l'industrie.
Il n'y a donc pas de quoi s'énerver autant, d'un bord comme de l'autre...

Anonyme a dit...

tres interessant, merci