dimanche, juin 28, 2009

Les effets pervers de la robotomie

Faire de la critique systématique pour un journal comme La Presse a quelque chose de fastidieux. Qu'est-ce qu'on peut bien faire comme «critique» d'un méga-giga-blockbuster comme Transformers? On sait exactement à quoi s'attendre de ce genre de film, alors à quoi bon lire ou écrire là-dessus en 4 paragraphes?

C'est probablement ce que se disait Aleksi K. Lepage en écrivant son papier; autant tenter de faire chier les fans des Transformers que d'essayer d'impressionner l'intelligentzia, de toute manière Michael Bay en a marre de la critique et il ne lit pas en français. Ce qui est étonnant avec les fanatiques de Transformers, c'est que si généralement ce genre de public ne se formalise pas de ce que peut dire la critique, il en va tout autrement de ce film. Mon collègue Martin, dont la critique du premier Transformers demeurait pourtant très sobre, s'était fait «ramasser» par quelques mouchonautes vexés. Cette fois, à ce que je peux en déduire, les fans ont tellement réagi (ou alors est-ce l'attaque au capitalisme et au patriotisme?) que La Presse a censuré Lepage. Voyez par vous-mêmes, j'ai récupéré la critique originale sur le cache de Google.

Et le public de La Presse de donner une cote de 3.9/5...


ORIGINAL

Le réalisateur et producteur Michael Bay est un phénomène intéressant. On est parfaitement en droit de le considérer comme un faiseur plus ou moins doué et bénéficiant de contacts avantageux (Spielberg lui-même, dans ce cas-ci) et de budgets faramineux.

On peut aussi le voir comme un artisan honnête, mais vendu au système de production hollywoodien, aux idéologies capitalistes livrant sans honte ni recul la propagande patriote américaine par le cinéma populaire (l'armée étant dans Transformers glorifiée de façon embarrassante.)

Dans le pire des cas, Michael Bay n'est qu'un autre sbire de ce monde d'abrutissement. Au meilleur - considérations politiques gardées - il est un auteur capable de donner à la foule son pain et ses jeux, et capable aussi de ce minimum d'autodérision qui fait de ses films des comédies (Bad Boys, Armageddon, The Island) qui ne sont supportables qu'en les envisageant au troisième degré.

Ce nouveau Transformers est une farce, inutile de s'attarder sur le scénario d'une niaiserie inouïe. Une farce qui a coûté cher, trop cher. Spielberg aurait dû recourir aux services de son ancien camarade, Joe Dante, qui aurait ajouté à ce film de robots, idiot jusqu'à l'orgasme, un soupçon d'humour noir et de sous-entendu social.

Joe Dante, élevé à l'école du producteur Roger Corman, aurait pu mieux faire de ce film absurde, cette série B de luxe, avec un budget moins obscène. On dirait une version de Pearl Harbor destinée à la génération Ritalin. Quoique tout le cinéma de Michael Bay relève de l'hyperactivité et du déficit d'attention...

Michael Bay s'en sort et s'amuse tout de même, et on sent dans sa «mise en scène» un réel désir de plaire aux consommateurs et, à coups de clins d'oeils, aux amateurs de gros films bourrins et aux fans de la série télévisée originale inspirée de la célèbre gamme de jouets Hasbro.

Mais Transformers: Revenge of the Fallen relève encore de l'indécent gaspillage d'argent et de talents (l'extraordinaire John Turturro s'y donne à fond dans un film qui ne mérite pas, sur le plan du jeu, autant d'effort.) Et soyons francs: vous aimez vraiment ce jeune Shia LaBeouf qui, en plus d'avoir un nom ridicule, est aussi charismatique que Keanu Reeves (en moins mignon)?

On en vient à s'ennuyer de l'époque tristement révolue de la série B authentique, c'est-à-dire modique. Le budget de cette joyeuse cochonnerie est évalué à 200 millions de dollars. Ça donne un peu la nausée en ces temps de crise économique...

Transformers...
Film d'action de Michael Bay.
Avec Shia LaBeouf, Megan Fox, John Turturro. 1h44
Combat sans merci sur Terre entre les Autobots, les Decepticons et l'armée américaine et quelques quidams perdus dans une guerre absurde.
Amusant, titanesque et traumatisant de niaiserie.

TRÈS REMANIÉ

Dans le pire des cas, Michael Bay n'est qu'un autre sbire de ce monde d'abrutissement. Il est un auteur capable de donner à la foule son pain et ses jeux, et capable aussi de ce minimum d'autodérision qui fait de ses films des comédies (Bad Boys, Armageddon, The Island).

Ce nouveau Transformers est une farce qui a coûté cher, trop cher. Spielberg aurait dû recourir aux services de son ancien camarade, Joe Dante aurait dû ajouter à ce film de robots un soupçon d'humour noir et de sous-entendu social.

Joe Dante, élevé à l'école du producteur Roger Corman, aurait pu mieux faire de ce film absurde, cette série B de luxe, avec un budget moins obscène.

Michael Bay s'en sort et s'amuse tout de même, et on sent dans sa «mise en scène» un réel désir de plaire aux consommateurs et, à coups de clins d'oeils aux fans de la série télévisée originale inspirée de la célèbre gamme de jouets Hasbro.Mais Transformers: Revenge of the Fallen relève de l'indécent gaspillage d'argent et de talents (l'extraordinaire John Turturro s'y donne à fond dans un film qui ne mérite pas, sur le plan du jeu, autant d'efforts).

Le budget est évalué à 200 millions de dollars. Ça donne un peu la nausée en ces temps de crise économique...

Transformers...Film d'action de Michael Bay
Avec Shia LaBeouf, Megan Fox, John Turturro.
Combat sans merci sur Terre entre les Autobots, les Decepticons et l'armée américaine et quelques quidams perdus dans une guerre absurde.
Amusant, titanesque et traumatisant de niaiserie.

8 commentaires:

Trader a dit...

Cher The Stalker,

Vous faites preuve d'une grande bonté d'âme de vous arrêter à une critique de cinéma de La Presse, d'autant plus qu'elle appartient à A. K. Lepage et d'autant plus qu'il s'agit d'une production de Michael Bay, donc d'un blockbuster infiniment débile.

Vous êtes formidable d'avoir franchi ces trois étapes - vous êtes un brave, voilà le mot! - avant de compléter cette 4e étape, celle de faire un résumé de tout ce processus de marketing camouflé.

De grâce, ne faites plus ce sacrifice et contentez-vous de suivre votre intuition naturelle, celle de vous intéressez au véritable cinéma.

Bien à vous,

Trader ;)

Antoine a dit...

Parlant de naturel, ajoutons que j'ai ce penchant d'être condescendant et élitiste, n'insitez donc pas M. Trader ou je pourrais vous prendre au mot pour finir mes jours dans une tour d'ivoire.

Je suis tellement curieux de ce qui se dit sur le cinéma que, sans lire tout ce qui se dit sur tous les films dans tous les médias, j'aime bien parcourir un large éventail de sources, des plus viles au plus nobles.

Lepage est un cas. Je ne sais pas s'il s'autocensure ou si d'autres s'en chargent pour lui, mais je sens qu'il aurait beaucoup plus de talent à partager que dans son contrat actuel à La Presse. «Pourquoi s'en soucier?» direz-vous, voilà peut-être de la bonté d'âme. ;)

Transformers est un film qui n'a pas besoin d'être défendu par qui que ce soit, je ne comprends donc pas que le texte original ait été modifié. Le marketing camouflé est-il si puissant? La Presse est-elle liée à ce point? J'ai la naïveté qui ne veut pas mourir.

Trader a dit...

Je comprends ton approche Antoine. Un passionné comme toi lira de tout sur un sujet en particulier, le cinéma en l'occurence.

Mais il y a mieux que La Presse pour un cinéphile, non? De seulement savoir que La Presse consent régulièrement à publier des textes sur invitation (publi-reportages) d'un major américain, cela me rend perplexe. Déjà un très mauvais point, à mon sens.

Mais je ne lis plus bcp les sections cinéma des journaux. Il n'y a pas longtemps, je compulsais encore les sections de ce genre sur Ici-Montréal et longtemps auparavant sur Voir. Mais les bons chroniqueurs ont été remplacés par des débutants (probablement pour un salaire moindre) depuis un bon bout de temps déjà.

En tant que lecteur, j'ai appris de longue main déjà à faire le tri, ie qu'après avoir lu un auteur ou un journaliste, je décide si je continue ou non. Rarement je perds mon temps avec un communicateur professionnel.

Trop à lire et le temps est précieux.

Dans La Presse, je lis presque inconditionnellement les Pierre Foglia, Jean-Christophe Laurence (musique) et le critique littéraire Normand Spehner et Paul Roux (linguistique). Quelquefois Chantal Guy.

Je préfère ne pas nommer ceux que j'évite expressément... ;)

Jason B. a dit...

J'en parle aussi sur ma page, aucune idée pourquoi, pas comme si Bay le cinéaste m'intéresse outre mesure, peut-être parce que ses films opposent mieux que n'importe quel autre la scission possible entre le critique et le public (ou entre les critiques eux-mêmes).

Pour ce qui est de moncinema.cyberpresse.ca, je suis de plus en plus déçu par leurs critiques. Depuis quelques mois la qualité du contenu est en chute libre. À lire : la critique d'une dizaine de lignes éparpillées de Home pour se donner une idée.

Antoine a dit...

Je lis les journaux surtout pour suivre l'actualité beaucoup plus que pour y retrouver un quelconque regard critique. Pour ça, les magazines sont évidemment le meilleur choix.

Le temps est tellement précieux que moi et la télé avons divorcé il y a quelques années déjà. Je regarde environ une heure de télé par semaine, ça en libère du temps pour autre chose!

@Jason
C'est ton billet qui a attiré mon attention sur la critique de Lepage. Je viens d'aller «lire» le commentaire sur Home... C'est scandaleux. Digne du TV Hebdo. J'ai vu ce film et il mérite beaucoup mieux que ce mini torchon.

Anonyme a dit...

Sarfati est tellement bonne pour conjuguer au "on" le "comment qu'on se sent" face à un film... et elle appelle ça de la critique... pour moi c'est surtout un mode d'évaluation du niveau de confort des sièges et la teneur en nutriments de son déjeuner. C'est donc (malgré le "on") trrrès subjectif, et entre ça, les pronostics (souvent, très souvent erronés) de la météo, et le zéro absolu, la différence est peu notable...

Quant à la censure de La Presse sur le texte de Lepage, elle est honteuse, surtout quand on voit comment les critiques américains s'en sont donné à cœur joie, avec des coudées si franches qu'on a presque envie d'aller voir (effet pervers) un sommet de bêtise bien garant de livrer sa marchandise. Mine de rien, dans le domaine des promesses tenues, c'est de plus en plus rare à trouver au cinéma.

Trader a dit...

Un sujet qui ferait un tabac dans un blog serait l'appréciation de la critique cinéma dans les journaux...

J'ai entendu dire par exemple que Truffes était un excellent film alors qu'il avait été descendu en flammes par la critique officielle.

Un des rares fois que je les avais écoutés (à tort).

Anonyme a dit...

De la méta-critique! Pourquoi pas: 1)ça fait vachement postmoderne, et 2)son sérieux déficit de crédibilité appelle une autopsie quelconque. J'appelle le coroner et dépoussière mon manuel de rhétorique...