dimanche, juin 04, 2006
Nouveau film de Robert Altman
Le voici qui poursuit sa carrière en réalisant le film A Prairie Home Companion qui arrive tout juste sur nos écrans cette semaine, probablement en très petites pompes. Je n'ai pu résister à l'attrait d'aller voir son dernier film. Alors ce sera ma vraie dernière critique pour Canoë... de Montréal.
La page couverture du dernier numéro de Filmmaker Magazine lui est consacrée et on y retrouve un long entretien au sujet de son dernier film.
J'y retiens:
1-«The story, written by Keillor and Ken LaZebnik, is both a delightful, homespun Middle American comedy as well as a profound meditation on death, survival, family, friendship and, of course, show business.»
2-La distribution: Woody Harrelson, Tommy Lee Jones, Garrison Keillor, Kevin Kline, Lindsay Lohan, Virginia Madsen, John C. Reilly, Maya Rudolph, Meryl Streep, etc.
3-Filmmaker: Besides its comedic elements and, of course, the focus on performance, the story touches on some incredibly weighty themes. Death, disappointment, age, survival...
Altman: You would never know that the way the responses were coming in. The picture is doing very well, people are really responding well to it, but they don’t take it as a serious film. Well, we’ll see what happens when it comes out in New York.
Filmmaker: That’s funny, because I thought it was quite a metaphysical film, not a comedy.
Altman: Well, I thought it was too. [laughs] It’s there, definitely, but people don’t want to deal with that.
Si vous avez le temps de lire le texte complet: THE SHOW MUST GO ON, Filmmaker Magazine
Anecdote hollywoodienne
Le contexte
L'industrie du cinéma autour de Hollywood est jeune et en pleine expansion. C'est l'âge d'or du cinéma muet avec les Griffith, Chaplin, Keaton, etc. Les immigrants européens anonymes débarqués en Amérique à la fin du 19e siècle ont construit Hollywood en peu de temps et portent maintenant des noms connus: Adolph Zukor, Louis B. Mayer, les frères Warner, William Fox, Lewis Selznick, Samuel Goldwyn et autres.
En 1924, les Metro Pictures, Goldwyn Pictures et Louis B. Mayer Company fusionnent pour créer la société de production Metro-Goldwyn-Mayer. Dans le cadre de cet événement important, Louis B. Mayer réussit même à convaincre le président Calvin Coolidge (un non-interventionniste notoire) d'assister à l'ouverture officielle de la MGM.
À cette époque, la direction de la MGM ne fait pas de quartier et la devise Ars Gratia Artis, «L'art est la récompense de l'art», reflète plutôt mal l'esprit de l'entreprise.
Par exemple, «Erich von Stroheim, peu docile et soucieux de s'affranchir des doucereuses conventions échafaudées autour d'une glorieuse figure d'amant latin – Rudolph Valentino (le Cheikh en 1922, le Fils du cheikh en 1926) – rencontre les pires difficultés avec Irving Thalberg, l'autoritaire patron de la MGM: il assiste à la mutilation du film qui lui tenait à coeur (Greed, 1925), ce qui ne l'empêche pas de poursuivre le combat, tournant dès le lendemain trois ou quatre oeuvres insolentes» (Chronique du cinéma).
L'anecdote
En 1925, c'est dans cette jeune et importante entreprise que King Vidor travaille sur ce qui allait devenir un énorme succès des années 20, le film The Big Parade.
La direction de MGM se rend compte que selon son contrat, Vidor a droit à 20% des profits nets que générera le film. Jugeant cette situation inacceptable, MGM organise une rencontre entre ses avocats et King Vidor. Les avocats lui expliquent que le film coûte très cher à produire et qu'on ne prévoit pas un grand succès en salle. On lui offre donc de vendre ses droits à un prix modique, sûrement en le convainquant qu'il gagnera davantage de cette façon. Vidor accepte.
Le film est 96 SEMAINES (!) en salle et rapporte 5 millions de dollars sur cinq ans (ce qui équivaut à environ 50 millions aujourd'hui). Vidor aura donc participé au succès de la MGM pour un salaire de 425$ par semaine sur le plateau de tournage de The Big Parade.
MGM pourrait dire «L'argent est la récompense de l'art» (je m'abstiens pour le latin).
Vidor dira: «I thus spared myself from becoming a millionaire instead of a struggling young director trying to do something interesting and better with a camera.»
Source: imdb.com
samedi, juin 03, 2006
Ce qu'il reste de moi
Haaaaaa, j'ai appris vendredi que je serai pigiste, même si j'habiterai très loin au Saguenay, pour la section cinéma de Canoë et que chaque mois j'écrirai encore quelques critiques. Quel soulagement! Je n'irai probablement (sûrement) pas voir des films comme Le Soleil de Sokurov ou A Prairie Home Companion de Altman, mais c'est déjà ça de gagné considérant la distance qui me séparera de la trépidante ville de Montréal et de ses avant-premières.
dimanche, mai 28, 2006
Une dernière critique...

Palais royal!
Dans la comédie légère et sans prétention qu'est Palais Royal, la réalisatrice et actrice Valérie Lemercier porte un regard drolatique sur la monarchie d'aujourd'hui. Sans aller jusqu'au burlesque ni au grotesque, ne visant pas à satiriser l'inanité de la vie royale ni à la ridiculiser, le film verse plutôt dans la parodie, mélangeant potins et situations de vie des familles royales européennes de notre temps.
Sur l'origine du film, Valérie Lemercier nous dit «L'inspiration est venue de reportages télé et de biographies de premières dames, mais surtout de photos trouvées dans des magazines consacrés aux têtes couronnées, comme Point de vue ou Royals, un mensuel belge entièrement consacré aux cours d'Europe».
Même si de ce côté-ci de l'Atlantique le public suit moins assidûment qu’outremer les vies excitantes des dix familles royales européennes, le public américain manifeste un intérêt certain pour la chose, en témoignèrent les multiples couvertures de magazines consacrées à Lady Diana. Le spectateur d'ici s'y retrouvera donc puisque le personnage principal s'inspire «précisément de Diana, de son image, de la façon dont elle a utilisé les médias».
Le film
Suite à la mort de son père, le prince Arnaud (Lambert Wilson) doit prendre les commandes de la famille royale avec la princesse Armelle (Valérie Lemercier). Disert de nature, le prince s'acquitte très bien de ses tâches officielles alors qu'à ses côtés son épouse cumule les avanies par maladresse. Ses impairs frôlant l'incident diplomatique, elle se fait morigéner tour à tour par sa belle-mère Eugénia (Catherine Deneuve) et son serviteur René-Guy (Michel Aumont) qui voudrait bien l'adomestiquer.
L'amorphe Armelle connaît une reviviscence lorsqu'elle découvre assez crûment que son prince s'est enamouré de leur amie Laurence (Mathilde Seigner) en les surprenant au lit. De là, la princesse joue le jeu et utilise les médias pour redorer son image, ce qui fonctionne à merveille puisqu'elle réussira ainsi à se faire passer pour le pilier de la famille.
Après avoir donné en pâture aux journaux à potins l'histoire de l'aventure sexuelle de son mari, elle participe à tous les événements sociaux de mise et saisit toutes les occasions médiatiques pour se montrer sous son meilleur jour. Derrière cette campagne constructive de son image, la princesse ruine celle des autres membres de la famille, notamment en dénonçant la tartuferie d'Eugénia qui avait elle-même saboté la vie de son autre fils, le prince Alban. Mais le rêve d’Armelle aurait-il une fin brutale comme celui de Diana?
L'insertion de traits culturels français comme la langue, l'humour et le jeu des acteurs dans un univers monarchique depuis longtemps disparu en France et qu'on imagine plutôt anglais, dérange et amuse à la fois. Un exercice divertissant qui devrait faire moins de vagues que le Marie-Antoinette de Sofia Coppola.
samedi, mai 27, 2006
Lars Von trier: Dogma 2006
Loin d'être un scoop, je viens de tomber cette semaine, encore dans les Cahiers, sur cette nouvelle parue le 10 février dernier dans Variety. Lars Von Trier change de dogme!Quelques jours avant de débuter le tournage de son nouveau film The Boss of it All en février dernier, le réalisateur danois a fait une Déclaration de revitalisation. Il en a assez de la grosse machine et de la pression et il veut prendre plus de temps pour filmer.
La question se pose à savoir quelle forme prendra la dernière pièce de sa trilogie sur les États-Unis, Wasington. Von Trier laissera-t-il la scène théâtrale dépouillée pour des décors réalistes? En ce libérant des contraintes formelles qu'il s'était lui-même imposé, je pense (ou plutôt j'espère) que cette revitalisation pourrait lui permettre de terminer sa trilogie en force. Va-t-il le faire?
Voici la déclaration de Von Trier en anglais, suivi de la traduction en français des Cahiers et finalement du lien vers l'article du Variety.
Von Trier's statement in full:
«In conjunction with the departure of Vibeke Windelov, who has been my producer for ten years, and the arrival of Meta Louise Foldager in her place, I intend to reschedule my professional activities in order to rediscover my original enthusiasm for film.
Over the last few years I have felt increasingly burdened by barren habits and expectations (my own and other people's) and I feel the urge to tidy up.
In regards to product development this will mean more time on freer terms; i.e. projects will be allowed to undergo true development and not merely be required to meet preconceived demands. This is partly to liberate me from routine, and in particular from scriptual structures inherited from film to film.
I will aim to reduce the scope of my productions in regards to funding, technology, the size of the crew, and particularly casting, but I should like to expand the time spent shooting them.
I want to launch my products on a scale which matches the more ascetic nature of the films, and aimed at my core audience: i.e. my films will be promoted considerably less glamorously than at present, which also means without World Premieres at prestigious, exotic festivals.
With regard to PR, my intention is for a heavy reduction in quantity, compensated for by more thorough exploration in the quality press.
In short, in my fiftieth year I feel I have earned the privilege of narrowing down. I hope that this attempt at personal revitalization will bear fruit, enabling me to meet my own needs in terms of curiosity and play, and to contribute with more films.»
Von Trier change de dogme:
«En relation avec le départ de Vibeke Windelov, qui a été ma productrice durant dix ans, et l'arrivée de Meta Louise Foldager à sa place, j'ai l'intention de réorganiser mes activités professionnelles afin de retrouver mon enthousiasme originel à l'égard des films [eh ben, il l'avait donc perdu] . Au cours des dernières années, j'ai ressenti le poids croissant d'habitudes et d'attentes stériles (les miennes et celles d'autres personnes) et j'éprouve le besoin urgent d'y mettre bon ordre. En ce qui concerne la production de films, cela signifiera plus de temps dans un cadre plus libre; les projets pourront bénéficier d'un véritable développement, et n'auront plus à répondre à des demandes préconçues. Cela est notamment destiné à me libérer de la routine, et particulièrement des systèmes d'écriture répétés de film en film. J'ai l'intention de réduire l'ampleur de mes films en terme de financement, de technologie, de taille de l'équipe, et particulièrement du casting [adieu Nicole Kidman pour toujours], mais je devrai augmenter le temps consacré à les tourner.
Je veux que la sortie de mes films corresponde à leur nature plus austère, et qu'ils cherchent à atteindre leur véritable public: mes films seront lancés de manière beaucoup moins glamour, sans «premières mondiales» et autres participations à des festivals prestigieux et exotiques [il ne parle sûrement pas de Cannes (bruits d'ironie)]. Mes relations avec les médias seront drastiquement [ooh l'anglicisme, a-t-il été accepté sans que je sache?] réduites et concentrées sur la presse de qualité.
En bref, à 50 ans je sens que j'ai gagné le privilège de réduire la voilure. J'espère que cette tentative de revitalisation personnelle portera ses fruits, et me donnera la possibilité de répondre à mes propres besoins en termes de curiosité et de jeu, et de réaliser davantage de films.»
Variety: What, me dogmatic? Von trier wants to 'revitalize'
Un blogueur se trouve un job
Le jeune barman Philippe-André Piette, blogueur logeant à La ville s'endormait, a déjà commencé d'être publié vendredi -un article que je n'ai pas lu- dans le Journal de Montréal.
Que va-t-il raconter aux lecteurs du Journal ?
«La fête dans une ville comme Montréal, une ville libre, indomptable, sans tabous».
J'ai visité son blogue qui n'est pas mal du tout. Il a développé un style, un ton et c'est ce qui importe. Son blogue se retrouvait dans le top 10 du sondage 2006 du Mirror (tout comme celui de Lagacé).
Best Blog
1. Montreal City Weblog (w5.montreal.com/mtlweblog)
2. J. Gallagher (jgallagher.blogspot.com)
3. Zeke’s Gallery (zekesgallery.blogspot.com)
4. Adrian’s Lemon Juice blog (www.adrianspeyer.blogspot.com)
5. The Hugger Busker’s Journal (huggerbusker.com/journal)
6. The Mass Is Secretly Afraid of Nipple Dream (andrewrose.blogspot.com)
7. Rappaz (rappaz.net)
8. La ville s’endormait (piette.blogspot.com)
9. Patrick Lagacé (pat.blogue.canoe.com)
10. Not good looking enough (To Live in Montreal) (combatdavey.blogspot.com)
Montreal City Weblog moves up one spot to first place in the sophomore year for Best Blog. Short on the common blog musings, the site links mostly to local media coverage of Montreal news. It knocks last year’s winner, J. Gallagher, down one. The persistent Zeke remains at three.
Source: Mirror, 17th Annual Best of Montreal Readers Poll 2006
Article sur Canoë: Le barman blogueur
mercredi, mai 24, 2006
De Big Brother à Bloguesbusters
Moment de transparence: comme bien des blogueurs (pfff, ce mot existe-t-il? Eh oui, je viens de vérifier), j'ai un compteur de statistiques pour savoir combien de visiteurs en pâmoison viennent lire mes irrésistibles billets. J'utilise http://www.statcounter.com/. Après quelque temps, j'ai découvert qu'on pouvait savoir beaucoup de choses sur les visiteurs. On peut savoir par exemple ce qu'ils ont cherché dans les moteurs de recherche avant de tomber (sûrement plus souvent qu'autrement avec déception) sur notre blogue. Parfois il y a aussi la provenance, ce qui m'a permis de découvrir le blogue Bloguesbusters.Dans cet espace web irrévérencieux, on ne fait pas de quartier aux réalisateurs et aux classiques du cinéma. Il se peut même qu'on y rencontre des «crisse», des «hostie» et des «calice». Au moins, dirons-nous, c'est fait avec élégance puisque sans faute d'orthographe (sauf pour Christ, je sais). Blague à part, Zhom et Zhomlady sont deux passionnés de cinéma qui amènent des sujets intéressants (et cathartiques). Un jeune blogue à suirrrre.
J'ajoute donc en grandes pompes ledit blogue dans mes favoris.
http://bloguesbusters.blogspot.com/
Pendant qu'on y est, leur blogue respectif:
LadyGuy
Zhom
mardi, mai 23, 2006
En attendant Monte Hellman
La découverte du cinéma se fait de toutes sortes de manières en fréquentant les cinémas, en regardant la télévision, au gré des conversations, des échanges entre amis ainsi que par des lectures sur le web, dans les journaux et les magazines. J'ai découvert beaucoup de nouveaux noms d'acteurs, de réalisateurs et de films dans les magazines et les journaux. Par exemple, je me rappelle très bien que je n'avais jamais vu ni entendu de ma vie le nom d'Andrei Tarkovsky avant de lire le compte-rendu d'une rencontre entre 24 Images, Denis Chouinard et Louis Bélanger. De la même manière, j'ai découvert pour la première fois le réalisateur américain Monte Hellman dans la revue française Les Cahiers de cinéma que j'achète de temps à autre (certains numéros sont terriblement inintéressants). Belle découverte.Chose étonnante, ce sont les Français qui en parlent le plus. On comprend mieux la chose quand on sait que Hellman fut grandement influencé par la vague existentialiste et surtout par Beckett. Et si j'en parle aujourd'hui, c'est que parmi tous les films et les vagues de la tempête cannoise, j'ai aperçu (encore dans les Cahiers) le film Stanley's Girlfriend dans la liste des courts métrages hors compétition. Il s'agit d'un film de 30 minutes «sur un épisode étrange (et inventé de toutes pièces) de la vie de Stanley Kubrick jeune, que Hellman a connu à l'époque quand Kubrick vivait à Los Angeles avant de tourner Les Sentiers de la gloire.» J'ai hâte de voir ça.
Aussi intéressant, sinon plus quand on considère le peu de films qu'a réussi à faire Hellman au cours de sa vie, s'avère la nouvelle du Variety selon laquelle un western de Monte Hellman intitulé Desperadoes est en préparation, produit par Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson. L'histoire?
-Les exploits des Dalton et de la magnifique Eugenia Moore, qui tomba amoureuse de Bob Dalton et qui assista le gang spécialisé dans le pillage de train.
Dans un article du Monde, Jean-Luc Douin résume très bien le style de Hellman (en général):
«Je dois reconnaître que chacun de mes films est de nature schizophrénique», dit Hellman. Mêlant deux influences antagonistes, celle du «théâtre d'art et d'essai», de la distanciation brechtienne, de la philosophie de l'absurde de l'auteur d'En attendant Godot, et celle du cinéma populaire, des films de genre à la Howard Hawks, il attise une réputation d'hermétisme. Ses héros semblent dépassés par ce qui les meut, condamnés à un périple sans but, embarqués dans un voyage qui ne mène nulle part. »
Pour rattacher l'homme à des noms plus connus, disons qu'il a travaillé en étroite collaboration avec Jack Nicholson pour plusieurs films et que, plus récemment, il a été producteur de Reservoir Dogs de Tarentino, film pour lequel ce premier a refilé le scénario au second.
Les films de Hellman sont plutôt difficiles à trouver. Même à la mecque de la Boite Noire, il n'a pas de section à son nom et il faut chercher un peu partout dans les catégories Western, Classique, etc., sans succès dans certains cas. Je n'ai réussi qu'à mettre la main sur The Shooting, Two-Lane Blacktop et Cockfighter, tous excellents selon moi, pour m'en faire une opinion. J'aimerais bien voir l'ensemble de son oeuvre.
Dans ce billet, j'allais faire un petit retour sur la carrière de Monte Hellman, mais après avoir effectué une petite recherche sur le web, j'ai trouvé une enquête du Monde qui la résume mieux (et aussi plus rapidement) que tout ce que j'aurais pu faire. Je le copie/colle dans un soucis de pérennité.
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Monte Hellman, renaissance d'une figure libre

Jean-Luc Douin
Hollywood distribue des Oscars mais possède aussi son cimetière des cinéastes maudits. Né en 1932, Monte Hellman est l'un d'eux. Il est l'auteur d'un film culte, Macadam à deux voies (1971), qui est à partir du mercredi 15 juin avec The Shooting (1967) et L'Ouragan de la vengeance (1965) repris dans des cinémas de la France entière. Acclamé par la critique européenne, jouissant d'un beau prestige chez les adeptes du road-movie existentialiste, Hellman aura accumulé plus de projets inaboutis que d'oeuvres à son discret palmarès (neuf films seulement en quarante ans de carrière).
Monte Hellman n'est pourtant pas si mort qu'on le dit. Jean-François Stévenin dit lui devoir sa vocation, Quentin Tarantino a débuté sur l'un de ses scénarios (Reservoir Dogs), Vincent Gallo s'est trouvé contraint de réaliser lui-même son premier film, Buffalo 66, parce qu'il voulait voir son script mis en scène par Hellman mais que les producteurs rechignaient à miser de l'argent sur son nom.
Présent à Cannes cette année, l'homme est cependant condamné aux rétrospectives. Enterré de son vivant. Interrogé en 1987 par Libération pour un hors-série intitulé "Pourquoi filmez-vous ?", il répondait : "C'est le diable qui m'y pousse." A la même question, il eût plus récemment répliqué : "Pour porter le deuil de ma vie."
La première passion, précoce, de Monte Hellman fut la photographie. A 14 ans il tirait le portrait de ses camarades de classe. Il replongera dans le bain quelques années plus tard lorsque, pour arrondir ses fins de mois, il réalisera des press books pour de jeunes comédiens à la recherche d'un emploi ou des reportages familiaux, anniversaires, réveillons de Noël, vacances à Malibu. Mais bientôt c'est le théâtre qui l'attire. Acteur et metteur en scène séduit par les expériences de l'Actor's Studio, il monte Tchekhov, Anouilh, Beckett surtout. En 1958, le propriétaire du théâtre de Los Angeles où il produit ses spectacles transforme le bâtiment en salle de cinéma. Monte Hellman bascule.
C'est Roger Corman qui l'en-rôle. Cet entrepreneur de films de série B tournés à toute vitesse avec des budgets misérables a fait débuter Coppola, Bogdanovich, Scorsese et Joe Dante. Il lui fait tourner un film d'horreur en noir et blanc, parodique et fauché, Beast from Haunted Cave (1959). Un critique écrira que "les acteurs y sont meilleurs que le script et pourtant moins bons que la bête", qui y terrorise une station de sports d'hiver du Dakota. Monteur, scénariste, "dialogue coach" , "film-doctor" , Monte Hellman touche à tout, participe à la réalisation de The Terror, une série de Corman avec Boris Karloff. Il se lie avec Jack Nicholson, acteur de son deuxième film, Back Hell to Hell (1965), un film de guerre situé aux Philippines.
"DE NATURE SCHIZOPHRÉNIQUE"Ensemble, les deux hommes signent Flight to Fury, film d'aventures en Extrême-Orient avec diamants volés, Asiatique obèse au comportement louche et crash d'avion dans la jungle, puis, en 1966, deux westerns "pour le prix d'un", The Shooting et Ride in the Whirlwind, dont l'acteur (et scénariste) embarque les copies pour les montrer en Europe, harcelant les comités de sélection des festivals.
Qualifié de "premier western bressonien", The Shooting voit deux hommes et une femme fuir dans le désert, traqués par un mystérieux tueur. Monte Hellman, qui avoue s'escrimer à "pervertir le genre" , cherche l'épure, s'attarde sur le quotidien quasi documentaire des personnages. Dans Ride in the Whirlwind, Nicholson et Hellman opposent cow-boys et hors-la-loi dans un contexte mythique et avec des préoccupations métaphysiques proches de celles du Sisyphe d'Albert Camus.
"Je dois reconnaître que chacun de mes films est de nature schizophrénique", dit Hellman. Mêlant deux influences antagonistes, celle du "théâtre d'art et d'essai", de la distanciation brechtienne, de la philosophie de l'absurde de l'auteur d'En attendant Godot, et celle du cinéma populaire, des films de genre à la Howard Hawks, il attise une réputation d'hermétisme. Ses héros semblent dépassés par ce qui les meut, condamnés à un périple sans but, embarqués dans un voyage qui ne mène nulle part.
Le dilemme existentiel est au centre de Macadam à deux voies, seul film de Monte Hellman produit par un studio, Universal. Le scénario est signé par Rudolph Wurlitzer, qui travaillera ensuite avec Sam Peckinpah pour l'admirable ballade existentialiste Pat Garrett et Billy the Kid, puis avec Robert Frank (Candy Moutain). Deux adeptes des courses de voitures (James Taylor et Dennis Wilson, batteur des Beach Boys), une opaque auto-stoppeuse, un raté fanfaron y filent, à toute vitesse mais non sans nonchalance, dans les paysages désenchantés de l'Amérique des années 1970.
Road-movie antonionien hanté par le jeu, l'errance, le hasard et l'incommunicabilité, Macadam à deux voies est un anti-Fureur de vivre. Chacun de ces "misfits impassibles" (expression de Charles Tatum Jr. dans Monte Hellman, éd. Yellow Now/Festival d'Amiens) y suit sa route, parallèle à celle des autres, muré dans le silence ou ressassant des hâbleries comme le personnage interprété par Warren Oates, acteur fétiche de Monte Hellman, "formidable M. Tout-le-Monde" qui lâche ce diagnostic : "Raconter, c'est mentir."
L'insuccès de cette dérive post-Kerouac, puis son conflit avec Roger Corman qui trafique et mutile son film suivant, Cockfighter (un beau film sur les combats de coqs clandestins), condamne Monte Hellman à renouer avec ses jobs de seconde main. Il est monteur de Peckinpah pour Tueur d'élite, assure la mise en scène d'Avalanche Express à la place de Mark Robson, mort avant la fin du tournage.
Ses deux films suivants, China 9 Liberty 37 (un western spaghetti) et Iguana (épopée sur les îles Galapagos) ne redonneront pas confiance aux financiers. Hollywood se méfie de ce type de cinéaste qui s'avoue "partagé entre l'intérêt pour le sujet qu'il traite" et le désir de "sortir de cette prison pour atteindre quelque chose d'autre".
vendredi, mai 19, 2006
Le ridicule sur le web
Je n'ai pas l'habitude de courir ce genre de vidéo «humoristique», mais celui-là on me l'a directement envoyé dans la boîte courriel au travail et il m'a frappé. C'est le genre de vidéo drôle et très pathétique directement issu de l'ère web et American Idol.Le type qu'on voit dans les deux vidéos a un site web personnel où il se prend vraiment au sérieux en disant qu'il sera le futur roi de la pop. Tout y est, bio, photos, paroles, etc. Le problème, c'est que quelqu'un, allez savoir qui, a récupéré ses deux vidéoclips pour les mettre sur youtube.
En voyant, et surtout en écoutant, ses vidéoclips, on se demande comment une personne peut avoir si peu de talent et penser arriver à quoique ce soit. Dans ces cas-là, on a toujours l'impression d'avoir affaire à un canular. Enfin, je comprends surtout qu'il faut faire attention à ce qu'on met sur le web, que ce soit pour rire ou pour devenir une star. Quoique dans ce dernier cas, comment comprendre qu'on a pas de talent...
Chanson 1
Chanson 2
