mardi, mai 23, 2006

En attendant Monte Hellman

La découverte du cinéma se fait de toutes sortes de manières en fréquentant les cinémas, en regardant la télévision, au gré des conversations, des échanges entre amis ainsi que par des lectures sur le web, dans les journaux et les magazines. J'ai découvert beaucoup de nouveaux noms d'acteurs, de réalisateurs et de films dans les magazines et les journaux. Par exemple, je me rappelle très bien que je n'avais jamais vu ni entendu de ma vie le nom d'Andrei Tarkovsky avant de lire le compte-rendu d'une rencontre entre 24 Images, Denis Chouinard et Louis Bélanger. De la même manière, j'ai découvert pour la première fois le réalisateur américain Monte Hellman dans la revue française Les Cahiers de cinéma que j'achète de temps à autre (certains numéros sont terriblement inintéressants). Belle découverte.

Chose étonnante, ce sont les Français qui en parlent le plus. On comprend mieux la chose quand on sait que Hellman fut grandement influencé par la vague existentialiste et surtout par Beckett. Et si j'en parle aujourd'hui, c'est que parmi tous les films et les vagues de la tempête cannoise, j'ai aperçu (encore dans les Cahiers) le film Stanley's Girlfriend dans la liste des courts métrages hors compétition. Il s'agit d'un film de 30 minutes «sur un épisode étrange (et inventé de toutes pièces) de la vie de Stanley Kubrick jeune, que Hellman a connu à l'époque quand Kubrick vivait à Los Angeles avant de tourner Les Sentiers de la gloire.» J'ai hâte de voir ça.

Aussi intéressant, sinon plus quand on considère le peu de films qu'a réussi à faire Hellman au cours de sa vie, s'avère
la nouvelle du Variety selon laquelle un western de Monte Hellman intitulé Desperadoes est en préparation, produit par Martin Scorsese et Paul Thomas Anderson. L'histoire?
-Les exploits des Dalton et de la magnifique Eugenia Moore, qui tomba amoureuse de Bob Dalton et qui assista le gang spécialisé dans le pillage de train.

Dans un article du Monde, Jean-Luc Douin résume très bien le style de Hellman (en général):
«Je dois reconnaître que chacun de mes films est de nature schizophrénique», dit Hellman. Mêlant deux influences antagonistes, celle du «théâtre d'art et d'essai», de la distanciation brechtienne, de la philosophie de l'absurde de l'auteur d'En attendant Godot, et celle du cinéma populaire, des films de genre à la Howard Hawks, il attise une réputation d'hermétisme. Ses héros semblent dépassés par ce qui les meut, condamnés à un périple sans but, embarqués dans un voyage qui ne mène nulle part. »

Pour rattacher l'homme à des noms plus connus, disons qu'il a travaillé en étroite collaboration avec Jack Nicholson pour plusieurs films et que, plus récemment, il a été producteur de Reservoir Dogs de Tarentino, film pour lequel ce premier a refilé le scénario au second.

Les films de Hellman sont plutôt difficiles à trouver. Même à la mecque de la Boite Noire, il n'a pas de section à son nom et il faut chercher un peu partout dans les catégories Western, Classique, etc., sans succès dans certains cas. Je n'ai réussi qu'à mettre la main sur The Shooting, Two-Lane Blacktop et Cockfighter, tous excellents selon moi, pour m'en faire une opinion. J'aimerais bien voir l'ensemble de son oeuvre.

Dans ce billet, j'allais faire un petit retour sur la carrière de Monte Hellman, mais après avoir effectué une petite recherche sur le web, j'ai trouvé une enquête du Monde qui la résume mieux (et aussi plus rapidement) que tout ce que j'aurais pu faire. Je le copie/colle dans un soucis de pérennité.

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Monte Hellman, renaissance d'une figure libre

Jean-Luc Douin

Hollywood distribue des Oscars mais possède aussi son cimetière des cinéastes maudits. Né en 1932, Monte Hellman est l'un d'eux. Il est l'auteur d'un film culte, Macadam à deux voies (1971), qui est à partir du mercredi 15 juin avec The Shooting (1967) et L'Ouragan de la vengeance (1965) repris dans des cinémas de la France entière. Acclamé par la critique européenne, jouissant d'un beau prestige chez les adeptes du road-movie existentialiste, Hellman aura accumulé plus de projets inaboutis que d'oeuvres à son discret palmarès (neuf films seulement en quarante ans de carrière).

Monte Hellman n'est pourtant pas si mort qu'on le dit. Jean-François Stévenin dit lui devoir sa vocation, Quentin Tarantino a débuté sur l'un de ses scénarios (Reservoir Dogs), Vincent Gallo s'est trouvé contraint de réaliser lui-même son premier film, Buffalo 66, parce qu'il voulait voir son script mis en scène par Hellman mais que les producteurs rechignaient à miser de l'argent sur son nom.

Présent à Cannes cette année, l'homme est cependant condamné aux rétrospectives. Enterré de son vivant. Interrogé en 1987 par Libération pour un hors-série intitulé "Pourquoi filmez-vous ?", il répondait : "C'est le diable qui m'y pousse." A la même question, il eût plus récemment répliqué : "Pour porter le deuil de ma vie."

La première passion, précoce, de Monte Hellman fut la photographie. A 14 ans il tirait le portrait de ses camarades de classe. Il replongera dans le bain quelques années plus tard lorsque, pour arrondir ses fins de mois, il réalisera des press books pour de jeunes comédiens à la recherche d'un emploi ou des reportages familiaux, anniversaires, réveillons de Noël, vacances à Malibu. Mais bientôt c'est le théâtre qui l'attire. Acteur et metteur en scène séduit par les expériences de l'Actor's Studio, il monte Tchekhov, Anouilh, Beckett surtout. En 1958, le propriétaire du théâtre de Los Angeles où il produit ses spectacles transforme le bâtiment en salle de cinéma. Monte Hellman bascule.

C'est Roger Corman qui l'en-rôle. Cet entrepreneur de films de série B tournés à toute vitesse avec des budgets misérables a fait débuter Coppola, Bogdanovich, Scorsese et Joe Dante. Il lui fait tourner un film d'horreur en noir et blanc, parodique et fauché, Beast from Haunted Cave (1959). Un critique écrira que "les acteurs y sont meilleurs que le script et pourtant moins bons que la bête", qui y terrorise une station de sports d'hiver du Dakota. Monteur, scénariste, "dialogue coach" , "film-doctor" , Monte Hellman touche à tout, participe à la réalisation de The Terror, une série de Corman avec Boris Karloff. Il se lie avec Jack Nicholson, acteur de son deuxième film, Back Hell to Hell (1965), un film de guerre situé aux Philippines.

"DE NATURE SCHIZOPHRÉNIQUE"

Ensemble, les deux hommes signent Flight to Fury, film d'aventures en Extrême-Orient avec diamants volés, Asiatique obèse au comportement louche et crash d'avion dans la jungle, puis, en 1966, deux westerns "pour le prix d'un", The Shooting et Ride in the Whirlwind, dont l'acteur (et scénariste) embarque les copies pour les montrer en Europe, harcelant les comités de sélection des festivals.

Qualifié de "premier western bressonien", The Shooting voit deux hommes et une femme fuir dans le désert, traqués par un mystérieux tueur. Monte Hellman, qui avoue s'escrimer à "pervertir le genre" , cherche l'épure, s'attarde sur le quotidien quasi documentaire des personnages. Dans Ride in the Whirlwind, Nicholson et Hellman opposent cow-boys et hors-la-loi dans un contexte mythique et avec des préoccupations métaphysiques proches de celles du Sisyphe d'Albert Camus.

"Je dois reconnaître que chacun de mes films est de nature schizophrénique", dit Hellman. Mêlant deux influences antagonistes, celle du "théâtre d'art et d'essai", de la distanciation brechtienne, de la philosophie de l'absurde de l'auteur d'En attendant Godot, et celle du cinéma populaire, des films de genre à la Howard Hawks, il attise une réputation d'hermétisme. Ses héros semblent dépassés par ce qui les meut, condamnés à un périple sans but, embarqués dans un voyage qui ne mène nulle part.

Le dilemme existentiel est au centre de Macadam à deux voies, seul film de Monte Hellman produit par un studio, Universal. Le scénario est signé par Rudolph Wurlitzer, qui travaillera ensuite avec Sam Peckinpah pour l'admirable ballade existentialiste Pat Garrett et Billy the Kid, puis avec Robert Frank (Candy Moutain). Deux adeptes des courses de voitures (James Taylor et Dennis Wilson, batteur des Beach Boys), une opaque auto-stoppeuse, un raté fanfaron y filent, à toute vitesse mais non sans nonchalance, dans les paysages désenchantés de l'Amérique des années 1970.

Road-movie antonionien hanté par le jeu, l'errance, le hasard et l'incommunicabilité, Macadam à deux voies est un anti-Fureur de vivre. Chacun de ces "misfits impassibles" (expression de Charles Tatum Jr. dans Monte Hellman, éd. Yellow Now/Festival d'Amiens) y suit sa route, parallèle à celle des autres, muré dans le silence ou ressassant des hâbleries comme le personnage interprété par Warren Oates, acteur fétiche de Monte Hellman, "formidable M. Tout-le-Monde" qui lâche ce diagnostic : "Raconter, c'est mentir."

L'insuccès de cette dérive post-Kerouac, puis son conflit avec Roger Corman qui trafique et mutile son film suivant, Cockfighter (un beau film sur les combats de coqs clandestins), condamne Monte Hellman à renouer avec ses jobs de seconde main. Il est monteur de Peckinpah pour Tueur d'élite, assure la mise en scène d'Avalanche Express à la place de Mark Robson, mort avant la fin du tournage.

Ses deux films suivants, China 9 Liberty 37 (un western spaghetti) et Iguana (épopée sur les îles Galapagos) ne redonneront pas confiance aux financiers. Hollywood se méfie de ce type de cinéaste qui s'avoue "partagé entre l'intérêt pour le sujet qu'il traite" et le désir de "sortir de cette prison pour atteindre quelque chose d'autre".

L'article dans Le Monde

1 commentaire:

Anonyme a dit...

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